Révolte fiscale, révolte citoyenne, pourquoi la montagne risque fort d’accoucher d’une souris…

La semaine dernière connut un petit évènement, bien sûr, rien de renversant dans une actualité aussi morne que prévisible. Il se produisit au cours de la triste émission « des paroles et des actes » dont le titre pourtant engageant dissimule très mal l’insupportable et insignifiante joute politique qui s’y déroule à chaque fois et dont l’immuabilité est une insulte faite aux français tant la gravité de la crise qui secoue la France exigerait une profonde remise en cause des traditionnels méthodes et discours proférés par la droite et la gauche. Le premier débat opposait deux politiques chevronnés, austères et insipides dont les noms mériteraient d’être déjà oubliés ne serait-ce qu’à cause de leurs casseroles ministérielles. Vint ensuite la désormais traditionnelle séquence économique animée par François Lenglet qui terrorise les politiques qui savent que sans un aplomb sans borne, un arrivisme guerrier,  un art consommé de la mauvaise foi et du déni de réalité, les quelques graphiques simples du petit journaliste économique suffisent à démolir 30 ans de discours fallacieux. Même cette séquence a perdu de sa saveur, en excellents parasites de la société ils ont fini par trouver des parades pour s’en tirer à bon compte en exploitant parfaitement les recettes des bons communicants : Sarkozy était réputé pour maîtriser les chiffres sur le bout des doigts, au fond, le scientifique que je suis sais fort bien qu’un chiffre donné seul sans comparaison ou tentative de mise en perspective peut dire ce qu’on veut bien lui faire dire… Finalement, pour neutraliser Lenglet et ses chiffres macros accablants, rien de mieux que du pathos et des récits à la gloire du ministre sur du micro, les téléspectateurs qui ne sont pas encore blasés de ces manipulations aussi grossières et plus sensibles à la rhétorique qu’aux résultats tangibles sont bien les derniers à encore regarder cette émission à l’heure ou le discrédit de la classe politique est pratiquement total et irréversible ! Pour conclure sur cette attendue et désormais décevante séquence, il n’est peut-être pas exagéré de se demander si une chaîne de service publique dispose de la liberté totale d’enfoncer un gouvernement de gauche même s’il se trouve au pied du mur dépourvu désormais de toute marge de manœuvre et de crédibilité…

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Un ministre sans hochet n’est pas un sage savant dans la vilaine mondialisation méchante, ne pas remplacer « sage » par autre chose, c’est trop risqué

L’éclair se produisit à la fin, dans l’ultime débat qui mettait aux prises le bouillonnant ministre du redressement productif avec un entrepreneur dont le bouillonnement intellectuel avait accouché de plusieurs grandes entreprises et des milliers d’emplois. Du débat Montebourg face à Denis Payre, il ne surgit pas une bouillie indigeste, mais un échange vif très instructif. Le ministre est un politique incarnant tous les points qui rend la gauche indécrottable : Méfiance vis-à-vis des marchés, constructivisme, protectionnisme, refus du principe cher à ce bon Schumpeter de la destruction créatrice : Royal a balancé une grande quantité d’argent publique pour « sauver » Heuliez alors que cette entreprise était condamnée. Si cet argent était resté dans les poches des contribuables, l’économie ne s’en porterait-elle pas mieux ? Si en France, les 30 milliards d’euros dédiés à la formation n’étaient pas engloutis stupidement dans du DIF inutile, des ateliers bidons pour des salariés qui n’en ont aucunement besoin, se pourrait-il que nous parvenions à former correctement des salariés mis au chômage suite à la déconfiture de leur entreprise ? Le capital est une denrée rare, il souffre si terriblement d’être mal investi… « Sauver des emplois » comme mission assignée à un ministre promet fatalement un gaspillage à grande échelle de l’argent pompé sur les français. Sauvetages rocambolesques d’entreprises condamnées, donc moins de capital disponible pour que s’investisse l’épargne et le capital disponible sur des secteurs d’activité prometteurs et capables de créer des richesses qui pourront par la suite profiter à tous vis notre cher, très cher, modèle redistributif. Ceux qui pensent que l’Etat sera toujours capable de se substituer aux marchés souffrant de quelques carences (ce qu’il reste toujours à démontrer) sans tomber dans la caricature ont certainement applaudi le tour de manège de Montebourg, même obligé à plusieurs reprises de se dire d’accord avec Payre, ceux qui pensent que l’Etat ne sera jamais assez compétent pour choisir à notre place auront compris la supercherie. Denis Payre vient de la société civile comme on dit, le fait que mon œil se soit rouvert à cette occasion n’est certainement pas étranger à cette situation…

Allez à la 30ème minute, le bogoss prend un cours de style et accessoirement d’économie

Ce matin, Christian Saint Etienne répond à un auditeur du débat d’experts en relevant –sans le dire aussi explicitement – que si même aux USA les millionnaires s’étant lancé dans la politique n’avaient pas percé en s’appuyant sur un discours volontariste sur les raisons de leur fortune personnelle, ce discours avait encore moins de chance de percer en France. Le dialogue entre CSE et Gilles Legendre devient alors très intéressant. Ils corroborent l’idée qu’au-delà de la crise de régime, de système nous connaissons une faillite politique incapable de redresser le pays car incapable de dénicher une majorité quelconque des français de nos jours. La bipolarisation exacerbée par les institutions de la Vème république et sa volonté de dégager des majorités claires mêmes si elles permettent à des partis arrivés en tête avec à peine 30% des voix exprimées au premier tour de l’emporter vit ses derniers jours.  En 2005, un Chirac affaibli et perdant dans référendum n’avait pas cru bon partir lui qui avait sollicité le suffrage par une dissolution avançant d’un an la tenue des élections législatives. La réforme du quinquennat et l’alignement des législatives sur le calendrier présidentiel a précipité le chef de l’état à jouer le rôle de premier ministre et celui-ci dans un rôle de simple « collaborateur ». Sarkozy n’avait pas eu tort, il a simplement payé au prix fort sa parfaite compréhension du changement de donne…

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Un ministre flamboyant de connerie qui tente de faire croire que démondialisation et protectionnisme se font toujours dans la joie et la bonne humeur tandis que 150 ans plus tôt Bastiat démontrait que c’était impossible sans privation de liberté individuelle et donc sans un système totalitaire…

Cette bipolarisation dont beaucoup croit à tort qu’elle n’a plus de sens, pousse les uns et les autres à se déterminer face à leurs extrêmes. La révolte des bonnets rouges, salutaire selon Alain Madelin dans des entretiens accordés au Figaro et au Point, est insultée par Mélenchon qui tente de reprendre la main à la suite de syndicats débordés, en vain, alors qu’une tentative de récupération s’était fait jour au FN tout aussi stérile : Ce n’est pas de la lutte des classes. Preuve que c’est une chimère idéologique aussi stupide qu’inexistante. Patrons, salariés, agriculteurs, chômeurs, toutes les strates de la société qui souffre, c’est-à-dire quasiment tout le monde a défilé spontanément pour dire son ras-le-bol. En vérité, c’est parce que la droite a retrouvé son étatisme teinté de nationalisme du XIXème siècle en menant une politique socialiste sur le plan économique et en exaltant un patriotisme contradictoire avec ce qu’elle a fait voter venant de Bruxelles alors que la gauche restait fidèle à un socialisme internationaliste finalement très proche à peine débusqué par l’affaire « Léonarda » que certains ont pu croire à une alliance objective UMPS tandis que les réflexes de castes, oligarchiques teintés de cumul des mandats par des politiques professionnels s’aidant mutuellement pour rester ad-vitam eternam en haut de l’affiche confortait aussi cette observation.

http://www.dailymotion.com/video/x17w99a_nicolas-doze-les-experts-02-12-2-2_news

CSE précise concrètement son argumentaire déjà entrevu lors de son dialogue lors de la superbe émission qu’il a partagé avec Charles Gave il y a quelques semaines, moins de parlementaires, moins de fonctionnaires qui ne prennent aucun risque en se lançant en politique tant qu’ils n’ont pas l’obligation de démissionner, une portion de proportionnelle pour sortir du piège FN qui tant qu’il ne noue pas d’alliance peut se victimiser en ayant un nombre d’élus anormal compte tenu de son poids politique. Je cite « le système est fait pour générer une majorité impuissante et une opposition irresponsable » et que nous vivons dans ce système avec des alternances de plus en plus courtes.

Ce week-end, les sympathisants de Mélenchon ont cherché à occuper le terrain du mécontentement fiscal. Peine perdue, malgré les misérables manipulations d’images, tout le monde a pu se rendre compte du bide. Tout comme la première manifestation la veille contre l’oppression fiscale à l’appel d’une timide et naissance tentative de réunification des mouvements contestataires face à l’oppression fiscale. Ces derniers mouvements sont à surveiller mais je crains qu’ils ne mobilisent pas autant que le mouvement de la manif pour tous qui lui, en dépit des diatribes médiatiques a réussi à atteindre un niveau historique. Notre économie crève, notre chômage s’envole vers des niveaux jamais vu, peu de monde se mobilise. On crée de faux droits, motivés par un égalitarisme maladif qui laisse penser à juste titre que le locataire actuel de l’Elysée est piloté par les lobbies qui tiennent les médias, les français se lèvent en masse… Je ne voudrais pas à titre personnel établir la moindre hiérarchie entre ces combats, ils sont tous nobles, mais rappelons que la France souffre d’un chômage endémique d’au moins 6 millions de personnes en sommant les différentes catégories y compris ceux qui travaillent un peu, de temps en temps et qui évidemment cherchent un CDI. Le mariage gay concerne quelques centaines de personnes par an, il me semble indispensable de mettre les « choses » en perspectives même si je suis totalement opposé à l’adoption, la PMA et surtout la GPA qui me semble inhumaine.

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Accoucher d’idées est plus dur que de recueillir celles de ses amis énarques en poste au CAC 40 

Mon sentiment est que les mouvements resteront disparates jusqu’au changement de premier ministre après les européennes de 2014 et que si les premiers pas de celui-ci ou de celle-ci, surtout si c’est celle-ci car il n’y a qu’une candidate possible, les choses reprendront de plus belle. D’autant que la baisse factice du chômage se verra encore plus cruellement. Alors on verra peut être un élan de la société civile, désireuse de reprendre la main sur les confiscations liberticides de l’étatisme, mais tant qu’il est désordonné avec des mots d’ordre contradictoires et pour le moment motivé par la simple défense corporatiste d’intérêts disjoints, rien n’arrivera, aucune idée directrice, fédératrice ne se fera jour.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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