Yves, là tu dérailles ! Tu ne vois rien venir du mouvement de fond…

Pour le compte du site Atlantico, le journaliste Yves Derai s’est livré à un exercice aussi indispensable que périlleux : Montrer qu’il existe de solides raisons de penser que même à seulement 15% d’opinions favorables, il ne faut surtout pas enterrer François Hollande dans la perspective de 2017.

http://www.atlantico.fr/decryptage/sept-raisons-pour-lesquelles-francois-hollande-est-pas-encore-cuit-yves-derai-917685.html

La démarche s’inscrit dans le nécessaire travail d’introspection  que doit mener impérativement l’opposition afin de gagner l’adhésion des français pour disposer d’un soutien suffisamment solide au moment où plus aucune reculade ne sera possible sur des réformes structurelles poussant dans la rue tous les rentiers du système collectivisé français.

C’est précisément parce que la gauche n’a jamais analysé son échec de 2002 et ne s’est jamais remise en question durant les 10 années suivantes en pensant – ce qui fut hélas le cas – qu’il lui suffisait d’attendre que la droite se prenne les pieds dans le tapis pour en récolter les fruits que la gauche se trouve aussi mal désormais. Ainsi on inventa d’abord le vote utile en 2007 insinuant que l’électorat de gauche avait voté avec ses pieds et qu’il était anormal que le leader maximo de l’époque, le charismatique et chaleureux Lionel Jospin n’ait pas été triomphalement porté à la charge suprême. Pendant 10 ans Hollande à la tête du PS fera des synthèses impossibles ne débouchant évidemment que sur du vide, et nomma un gouvernement sans queue ni tête pour soi-disant respecter les équilibres alors que les guignols notoires et les « minorités visibles » de service restaient cantonnés à des postes subalternes et que les rares à avoir un cursus à peu près sérieux se partagent les postes importants, premier aveu des duperies en série à venir. Francis Richard les avait méthodiquement anticipées dans une tribune publiée dans la foulée de l’élection :

http://www.contrepoints.org/2013/12/04/148693-france-lavenir-radieux-cest-maintenant

La réalité c’est que Jospin a été éliminé par quelqu’un qui a tenu des propos révisionnistes et dont les provocations verbales, parfois physiques, lui ont mis tout le système médiatique à dos et qui voyait sa progression aux élections majeures essentiellement dopée par la montée de l’abstention… Ce simple, factuel et terrible constat aurait dû motiver les socialistes à repenser leur logiciel et non se contenter d’écouter Terra Nova qui préconisait de se recentrer sur de nouvelles clientèles électorales pour gagner à nouveau !

jospin.JPG4.

« Bon bilan! » Qu’il disait. Mouiii… Le verdict de 2002 fut pourtant clair 

Ce rappel fait, Yves Derai a parfaitement raison d’exprimer que dans le contexte actuel, le piège tendu à la droite c’est d’attendre que la roue tourne. En 7 points, il tente d’établir une liste de retournements de situation qu’Hollande pourrait mettre à profit. J’ai été très peu convaincu par son analyse car il me semble que le prisme par lequel les problèmes sont abordés est suranné et n’intègre pas les mutations rapides et irréversibles qui s’opèrent sous nos yeux : Sans toutes les comprendre et sans deviner leur portée exacte ainsi que l’ampleur de la transformation, il me semble raisonnable d’invalider ces fameux 7 points. Examinons-les dans l’ordre.

Le chef de l’Etat est le maître du temps. Rendu très impopulaire par une politique fiscale abrupte mise en œuvre dès le début de son quinquennat, Hollande pourrait, tout au contraire, câliner les Français à partir de 2015, notamment dans l’hypothèse où la reprise économique tant attendue s’amorcerait.

En cette fin 2013, tous les voyants économiques sont au rouge et pire, après la validation expérimentale de la courbe de Laffer, Moscovici et ses sbires, et maintenant le premier ministre à son tour, tous se sont assigné comme objectif de valider une autre idée économique : Celle de Higgs qui affirme que l’incertitude fiscale engendre des comportements économiques tellement prudents que l’incertitude entrave la croissance… Patrick Artus dresse un rapide tableau de 2014 en cas de légère récession, un scénario raisonnable et prudent compte tenu des données les plus fraîches n’ayant pas subi la moindre bidouille gouvernementale :

http://www.lepoint.fr/invites-du-point/patrick-artus/artus-et-si-la-france-etait-en-recession-en-2014-05-12-2013-1765001_1448.php

Théoriquement maître du temps, garant de la constitution, au-dessus des partis, Hollande ne maîtrise rien en vérité et n’aura rien à accorder aux français, y compris ceux qui pensent bien, votent bien. Au suivant !

Si la personnalité du président déconcerte, elle ne suscite pas de détestation. Contrairement à Nicolas Sarkozy, c’est plus la compétence du dirigeant que l’homme lui-même qui pose problème. S’il parvenait à redresser le pays, le chef de l’Etat pourrait donc partir à la reconquête de l’opinion.

Il ne redressera rien, il est incompétent et si on en croit le principe de Peter, s’il en est arrivé là, il ne pourra s’aider de personne au PS. Sarkozy avait lui aussi cherché en vain à se « re-présidentialiser », croire qu’Hollande va subitement recevoir l’esprit sain est une pure folie, au suivant!

La droite, en revanche, paraît plus morcelée que jamais. La guerre Copé-Fillon est dépassée. D’autres candidatures se dessinent, tout aussi sérieuses. Celles de Sarkozy, de Juppé, de quadras qui voudront saisir l’occasion de primaires ouvertes pour gagner de précieux points de notoriété (les Bruno Le Maire, Xavier Bertrand, Laurent Wauquiez, NKM). Il se dit même qu’un Jean-Pierre Raffarin, artisan de tous les récents compromis et réconciliations à l’UMP, y penserait en chantant « Allumer le feu » dans sa salle de bains… A côté de l’UMP, il faut désormais compter avec l’Alternative, l’union centriste de l’UDI et du Modem, qui a l’intention d’être représentée en 2017. Même si l’on met de côté l’inévitable Dupont-Aignan, cela fait beaucoup pour une droite qui peine à recouvrer une doctrine, une stratégie et un leader.

Oser penser que Raffarin le grimpeur de pentes raides à 0% ou que Juppé condamné par la justice puissent encore jouer un rôle quelconque décrédibilise le propos ! Au suivant!

Le Front National, tout au contraire, est réuni derrière son chef, Marine Le Pen, qui risque de franchir la barre des 20% au premier tour dans trois ans et demi et d’arracher son ticket pour la finale. Une hypothèse qui fait horreur aux socialistes en public, mais en ravit quelques-uns en privé.

C’est une idée reçue qui a la peau dure mais non le FN ne progresse plus avec des déçus de la droite, tout au plus, les électeurs FN du premier tour se sont moins bien rabattus en 2012 sur Sarkozy qu’en 2007. Pour les déçus de la droite, on les comprend, Sarkozy évoque la France assimilatrice mais ne met aucun coup de frein à la distribution gratuite d’aides, de subventions aux immigrés en particulier ceux en situation irrégulière et au nom de l’ouverture laisse Martin Hirsch étendre l’open bar… Quant aux déçus de la gauche, on les comprend fort bien aussi… D’ailleurs, le moins bon report de 2012 par rapport à 2007 pas si significatif que cela laisse indiquer que les électeurs frontistes déçus de la droite qui baise les pieds des merdias gauchisants sur tout une foultitude de sujets de société se sont probablement montrés particulièrement indulgents envers Nicolas Sarkozy en 2012. On reparlera de la controversée « ligne Buisson »… Au suivant!

Marine-Le-Pen

Est-il bien raisonnable de fonder ses espoirs dans une personnalité politique? Grande question dès lors que la démocratie est morte! A plus forte raison quand celle-ci explique nos maux par des vecteurs étrangers. Histoire quand tu nous tiens…

Quant à François Hollande, il possède une caractéristique que l’on cultive peut-être en Corrèze, dans ce département où il a préparé son ascension à l’instar de Jacques Chirac : rien ne l’atteint vraiment. Les visiteurs qui ont eu l’occasion de passer quelques minutes dans son bureau à un moment où les critiques pleuvaient sur son action sont unanimement frappés par sa décontraction apparente. Chez son maître en politique, François Mitterrand, on louait la «  force tranquille ». De Jacques Chirac, on disait qu’il avait le cuir tanné. Selon un proche du président, « la polémique actuelle sur son opération de la prostate lui en touche une sans faire bouger l’autre ». Humour de la gauche qui en a… En tout état de cause, cette capacité à se protéger des événements hostiles représente un atout dans la compétition politique de haut niveau.

Je n’ai rien compris à cette bouillie : La réforme du quinquennat rétrograde le premier ministre au rôle de « collaborateur » tandis que le président est en première ligne du fait de l’alignement du calendrier législatif avec le calendrier présidentiel. Les instigateurs du projet, gros malins s’il en est, n’avaient pas prévu ce bouleversement. Chirac s’en est honorablement tiré par sa bonhomie, son AVC qui indiquait qu’un changement majeur allait naturellement découler de cette sympathique mais plate fin de règne en 2007. Sarkozy avait finement observé comment les socialistes s’étaient mentalement résignés pour 1995 et avait logiquement proposé une « rupture » non pas au socialisme mais à l’immobilisme vieillissant de Chirac. S’agissant d’Hollande, j’ai plus l’image de quelqu’un de débordé par des évènements qui le dépassent et dont le souci d’occuper le terrain à la manière de Sarkozy qui tant qu’il avait la main imposant les thèmes d’actualité (surtout pendant la campagne de 2007) alors qu’en réalité, Hollande n’agit pas, il réagit et par ses mensonges, ses grands-écarts intenables, l’impossible efficacité du socialisme pour répondre à une crise économique, il est pris au piège et ses prises de positions, quand il y en a, sont toutes à contretemps à contre-courant. Croire à l’éclaircie magique qui viendrait suite à une incantation plus que de réformes constitue encore une illusion tragique. Avant même le tiers de son mandat tous les ressorts sont rompus, aucune bonne nouvelle ne pourra être rangée à son crédit. Au suivant!

Candidat PS par accident après le retrait de DSK, Hollande a été sous-estimé par ses adversaires pendant la campagne. Président par défaut, il continue de l’être aujourd’hui. Il a sans doute raison de penser que le mépris affiché par ses rivaux à son endroit le favorisera le moment venu.

Quand on est élu par défaut, c’est-à-dire que son rival de droite paie comptant ses erreurs d’appréciation et ses débordements caractériels et que son rival du même bord paie ses errances, quelle indulgence coupable, ces crimes sexuels, incarne-t-on facilement la modération et à la simplicité dès lors que la « normalité » s’est vite révélée être une forme d’incongruité face à une fonction totalement hors norme ? Quand on est élu par défaut on a intérêt à faire ses preuves rapidement, sinon, on est déconsidéré vite et pour toujours. Yves Derai devrait faire un stage dans une entreprise privée, c’est-à-dire ne touchant pas des subventions publiques et ne donnant pas accès à un pétillant monde artistique, journalistique, médiatique, politique où toutes les frasques sont tolérées et où la rémunération n’est corrélée à la performance et au talent que de manière sporadique voire accidentelle… Au suivant, next next next!!!

DSK in a car

Le meilleur d’entre-nous est un repris de justice d’un côté et de l’autre bord un… à peu près pareil!

Les 7 points abordés par Yves Derai ne sont pas sans fondement et sa démarche d’exhorter la droite à ne pas attendre de voir le pouvoir lui revenir comme un mécanisme de balancier suite à la déconfiture de la gauche est parfaitement louable. C’est sa vision passéiste du temps où les crises pouvaient être considérées comme passagères qui ne va plus. Le mouvement de balancier ne sera pas aussi systématique même si on ne voit pas encore de réelle fusion programmatique des revendications qui se font jour çà et là. Pour expliquer la descente aux enfers de l’exécutif socialiste, il faut dépasser les réalités imposées par la crise. Encore faut-il être capable de les énumérer : L’Europe du sud a fait des sacrifices énormes qu’une monnaie surévaluée ruine en grande partie, la France s’enfonce dans les sables mouvants, on a l’impression que chaque annonce gouvernementale va désormais raboter l’hypothétique croissance annoncée, alors même que la popularité du chef de l’état et de son exécutif est totalement paralysante. Yves Derai sous-estime gravement les conséquences de la poursuite de la crise : Nos entreprises du CAC 40 se portent globalement bien car exportatrices et ayant délocalisé leurs centres de production. Nos PME meurent à petit feu délitant le tissus industriel et alors que les taxes encouragent le travail au noir. De toute évidence le modèle social auquel les socialistes sont si attachés se délite sans qu’aucune idée de leur part n’émerge pour endiguer la catastrophe pourtant facile à prédire… Je l’affirme, Hollande est déjà foutu. Un changement de premier ministre n’y fera rien, pour dire quoi ? Faire quoi ? Un U-turn historique dans la politique économique genre 1983 alors que Mitterrand disposait à l’époque de leviers forts qu’il a milité (comme Hollande) à faire disparaître dans les années 90 ? Soyons sérieux…

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Un président quasi-normal dans une situation quasi foutue

Quant à la droite, elle est dans la nasse : On accuse Patrick Buisson sans qui Sarkozy n’aurait pas été au second tour. Mais de quoi aussi l’accuse-t-on ? Il suffit d’écouter les leaders de la droite et du centre au cours des élections de 1981 et 1988 pour aboutir à un constat simple : Mitterrand a fait diaboliser des idées de droite républicaine pour qu’elles finissent dans la TPE Le Pen®. 30 ans après la moitié des députés de l’UMP, de l’UDI et du Modem dont l’apologie d’idées socialistes sur l’organisation étatique de la société et de l’économie et en plus une adoration maladive pour l’Union Européenne qui est devenue entre-temps une mafia bureaucratique anti-démocratique… M. Derai, si la droite doit se repenser en 2014 après les municipales, alors tirons-en toutes les conclusions qui s’imposent, et surtout celles qui ne sont pas bonnes à dire ! Les création socialisantes ou de soumission à la pensée unique des merdias subventionnés à la moraline socialiste : NKM ne sera jamais mairesse de Paris, Rachida Dati risque fort de se faire éjecter du VIIème sans parler des autres candidature « félonnes » et souvent gagnantes à droite dans les villes cossues où le parachutage passe mal surtout lorsqu’il répond au politiquement correct… La manif pour tous ou les bonnets rouges l’ont démontré, après la victoire accidentelle d’Hollande, un nain sur tous les plans, le peuple peut sentir à tout moment qu’il est venu de se prendre en charge en dehors de toute formation politique ou syndicat puisque les deux sont tellement soumis à des impératifs en déconnection avec le peuple.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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3 commentaires pour Yves, là tu dérailles ! Tu ne vois rien venir du mouvement de fond…

  1. Frederic_N dit :

    monsieur en passant sur votre blog, j’ai lu votre article en réponse à celui paru dans Atlantico. Il a pour lui d’essayer de penser la situation de la droite , et je partage votre point de vue sur un point essentiel : nous sommes dans une période de bascule où la donne politique va changer, ne serait-ce que parce que les français ont collectivement pris conscience des difficultés dans lesquelles ils sont. Dans ce sens votre intuition est juste – non pas que rien ne sera plus comme avant ( c’est une tendance naturelle quand on est jeune que de penser dans ces termes). Mais il est vrai que la droite sera sanctionnée si elle se contente d’attendre le retour de balancier.

    Mais comme toujours sur Internet , on trouve beaucoup de raisonnements par intuition. Et pas assez de réflexion : vous êtes jeune ingénieur dites vous et je sais parfaitement ce que cela veut dire .. . Sans vous manquez de respect, il vous manque un back ground en philosophie politique qui vous limitera si vous n’essayez pas de le combler. Je n’en veux pour preuve que votre position sur l’Europe où sans vous en rendre compte vous reprenez la position de la gauche de la gauche.

    Un libéral raisonne de façon différente. Il part de l’idée que la démocratie est d’abord un système institutionnel ( et dans un sens d’abord une bureaucratie) qui fonde sur des lois l’économie de marché. Ces principes – au premier chef desquels, la défense de la liberté et de la propriété , sont des garanties pour qu’une économie de marché puisse se mettre en place sérieusement : car sans ce genre de garanties nul n’est assez fou pour prendre des risques. C’est ainsi que la Révolution anglaise de 88 a créé des institutions financières garantes de la valeur de la monnaie et du crédit, pour , justement, ne pas léser les détenteurs de capitaux que les rois précédents « s’amusaient à ponctionner » ( et ces rois le faisaient pour – il n’y a rien de nouveau sous le soleil – rembourser les dettes de l’Etat). La bureaucratie Bruxelloise , et la BCE sont les héritiers de ces principes. Et vous devriez y réfléchir à deux fois avant de les critiquer
    En effet vous notez- avec raison que notre gouvernement a une propension très forte au socialisme; mais cela a une conséquence : aujourd’hui c’est l’Europe qui garantit aux français – et contre la volonté de leur gouvernement – le minimum de droit de propriété et le minimum vital d’économie de marché sans lesquels la survie du pays serait en question…
    Alors en bon libéral et devant l’impuissance de la droite française il vaut mieux dire vive Bruxelles !
    Si la chose vous intéresse, je vous recommande la lecture de Locke et en contrepoint de Rousseau. Le débat entre les deux est d’une actualité criante
    avec mes amitiés

    • Duff dit :

      Cher Frederic_N : Merci beaucoup pour votre commentaire particulièrement intéressant. Allons à l’essentiel, sur les limites que vous formulez à l’égard de mon propos, je ne vais nullement chercher à les remettre en cause! Depuis 16 ans que j’ai le droit de vote je n’ai pas fini de reconnaître qu’à l’époque je ne disposais ni de la culture, ni du recul historique ni de l’introspection intellectuelle suffisante pour me déterminer sur des choix de société et des enjeux majeurs… Les choses ont-elles changé suffisamment pour que subitement je puisse affirmer au monde même par un modeste blog que je serais en mesure désormais de disserter péremptoirement? Toujours pas!

      Mais une intuition comme vous dite me taraude et le temps la conforte: La solution ne viendra très probablement pas du sérail politique et il n’est nul besoin d’être un vieux routier pour nourrir ce doute. Surtout quand de vieux routiers formulent magnifiquement en ce jour cette intuition devenue écrasante auprès d’observateurs avisés:

      http://institutdeslibertes.org/la-predominance-du-cretin/

      Mon niveau de réflexion actuel est donc le suivant, face à une crise jamais vue, une crise économique qui peine de plus en plus à cacher les vices intrinsèques des institutions de la Vème république, incapable de se réformer, incapable de laisser émerger des réformateurs, incapable de mettre fin au copinage entre capitalistes de façade et des socialistes de tous bords adeptes au capitalisme de connivence qui prônent la privatisation des profits et la mutualisation des pertes avec le concours des contribuables, je ne crois plus dans les partis. Au mieux dans ce système il faudrait un homme capable de hisser au dessus de cette nasse servant les intérêts de la Nation avant les siens. Le miracle s’est produit en 1940 puis par le même en 1958. Un tel miracle ne se reproduit pas souvent… Jamais à vrai dire!

      Vive Bruxelles, jamais. Parce que libéral. Renseignez-vous sur le fonctionnement de la commission, sa composition, et son mode opératoire avec le parlement. C’est une honte. Absolument anti-démocratique. Les journaux et les bien-pensants diront ce qu’ils voudront, les dénonciations de ce mode de fonctionnement aberrant par Nigel Farage sont parfaitement justes et cruelles. Il dit la vérité il n’y a guère que les 3 ou 4 pèlerins de don groupe parlementaire qui l’applaudissent. Ce décalage est tueur pour l’UE et son enfoncement idéologique devient patent et clair à tous. Les européistes sont gênés, les français qui ont voté non en 2005 se sont sentis violés à juste titre, on dit merde à un projet – qu’il soit bon ou non c’est un autre débat – venu par la grande porte et finalement il est adopté sans l’aval du peuple en repassant par la fenêtre. Pas étonnant que les français ou d’autres se sentent floués.

      L’Europe à ne pas confondre avec la stupide et anti-démocratique bureaucratie/technocratie actuelle mérite mieux. Mais je crois que la défiance actuelle des peuple est non seulement justifiée mais fondamentalement saine…

      En espérant avoir au mieux répondu aux points que vous m’aviez soumis.

      Cordialement

  2. Frederic_N dit :

    Bonjour et vive Bruxelles (lol)
    Je m’attendais à une critique plus virulente et moins argumentée de votre part. Et je vous remercie de votre réponse : elle se situe sur le fond, elle est argumentée, elle a un sens. Et surtout elle est habermassienne au sens où on peut dire : là on est d’accord , là on est pas d’accord, là où vous vous trompez dans l’analyse là où nous ne vous trompez pas.
    Je vais aller au fond et en deux temps dont deuxième renvoie à des erreurs que vous faites ( ainsi que l’article que vous citez), et qui renvoient à un manque de références politiques. Entendez – moi et surtout comprenez moi : je suis comme vous atterré par la faiblesse du débat politique . J’ai une partie de l’explication : elle tient dans la destruction de la culture politique que l’on a subie depuis 50 ans et qui fait que des gens qui réfléchissent honnêtement, comme vous, se voient dépossédés des moyens , des références que des gens comme moi , avaient les moyens d’acquérir – et mon seul objet dans les forums et de faciliter ce travail de réappropriation. Puissiez vous comprendre que les critiques que je vais vous faire n’ont qu’une finalité : vous persuader de confronter votre réflexion à la philosophie politique, pour vous permettre d’éviter les pièges dans lesquels, sans cela, inéluctablement vous tomberez
    J’en viens à ma réponse.
    Je suis d’accord avec vous : le problème est institutionnel, et la constitution de la 5ème est à revoir . Je l’ai dit à Maxime qui n’a pas aimé, mais on n’est là que pour chercher la vérité.
    Mais vous êtes en contradiction ouverte sur un point
    1. Vous critiquez la constitution de la 5ème, M Debré. Soit. Mais l’instant d’après vous en reprenez le principe de départ à propos du référendum de 2005 ( sans vous demander d’ailleurs pourquoi si peu de députés UMP reprennent les critiques de .ce M Farage) .En fait vous dites que le principe de la souveraineté populaire doit être ABSOLU et qu’on ne peut lui opposer aucun principe. C’est l’esprit de la 5ème : le dialogue direct et sans médiation entre le peuple et le dirigeant. Mais ce n’est pas la conception libérale de la démocratie ni celle de la Loi fondamentale ( car je suppose que vous faites allusion à la Grund gesetz allemande). Et c’est justement ce que les autres pays reprochent à la France : la dérive antilibérale est quasi impliquée dans sa constitution. Ils disent que nous sommes une Monarchie

    2. Alors d’où vient cette contradiction. Elle est dans l’analyse de la dérive du pouvoir que vous faites et qui vous fait hypostasier le pouvoir des bureaucraties.
    Je m’explique : ce que vous décrivez en décrivant les politiques français n’est pas une classe au sens marxiste du terme (excusez, mais peu de personnes connaissent mieux Marx que moi.. ). Au sens de Marx une classe sociale prend racine, dans les rapports de production et d’échange, pas dans l’appareil d’Etat. Elle a donc une existence autonome, ce qui lui permet – c’est le point fondamental de se REPRODUIRE
    Or le pouvoir que vous décrivez n’a rien d’une classe sociale ( l’article que vous citez est en pleine contradiction). Car cette « classe  » ne se reproduit pas, n’a aucune racine dans le système de production et d’échange ( et très peu de liens avec les directions d’entreprises d’ailleurs, ne racontons pas d’histoires). Sa seule base est l’appareil d’Etat.

    3. Tout au plus ce pouvoir peut-il être qualifié de Bureaucratie. Or une bureaucratie n’est pas ne classe sociale. Elle est certes haïssable, mais une bureaucratie n’est qu’un moyen – le meilleur qu’on ait trouvé – de conserver des principes politiques et en l’occurrence un système de lois. Ce n’est pas l’église qui a fait la religion catholique, mais la religion catholique qui a fait l’église ! Cela veut dire qu’une bureaucratie n’a quasiment pas d’autonomie politique.
    C’est pourquoi vous vous trompez sur la Nature réelle du pouvoir en France. Car vous assignez des fautes et responsabilités à cette bureaucratie qui ne lui appartiennent pas, mais au système de lois qui l’a créée (si on vous suit), et dont vous n’arrivez pas à faire la critique

    4. D’où vient l’erreur. Vous avez presque lâché le mot en parlant de « grund-gesetz » et d’équilibre et de limitation des pouvoirs . Laissez moi vous expliquez d’où vient cette idée de limites du pouvoir dans une démocratie : car c’est bien sûr ce que le débat français veut occulter. Ce principe vient de Locke – que je vous conseille de lire – le père du libéralisme. Locke écrit dans les années 1670 en pleine montée des monarchies absolues, et il va inventer la notion de droit fondamental en disant qu’il existe des droits naturels dont le respect fait partie du contrat de départ fondateur d’une nation ( ce que les français appelleront contrat social). Cela veut dire cette chose très précise qu’un parlement n’a pas le DROIT d’énoncer n’importe quelle loi, et notamment une loi qui enfreigne ces droits fondamentaux ( la liberté, l’égalité en droit et la propriété). En d’autres termes, Locke fonde la liberté et la démocratie, sur la LIMITE fondamentale du pouvoir politique. C’est cette idée de base qui sera repris dans la constitution américaine par exemple

    5 j’en arrive à cette conclusion intermédiaire : en fait si vous regardez en Occident, les démocraties qui fonctionnent sont celles qui ont intégré cette idée de base .. Les anglais c’est atavique, chez eux Les américains l’ont fait quasi religieusement. Les allemands sans doute plus sérieusement que tous les autres .. car ils ont fait l’expérience des dégâts de Hitler et de l’abus de pouvoir ( de Hitler ET de Weimar). C’est pour cela que leur Grund gesetz est sans doute très performante
    Les seuls qui ne l’ont pas fait sont les français . Relisez notre histoire d’ailleurs elle est édifiante : les français vont faire la révolution de 89 AU NOM des idées de Locke. Notre déclaration des droits est une paraphrase de son Traité. Puis ils vont se radicaliser et inventer l’EGALITE REELLE avec les jacobins et Robespierre. Et depuis 93 tout ce qui a fait la vie politique en France a été soit Jacobin , soit considéré comme un .. adversaire de la république. Debré est resté Jacobin. C’est pour cela que la 5ème aboutit à l’échec. En fait l’abus de pouvoir est inhérent à la démocratie française depuis quasi sa naissance

    6. j’an arrive enfin à l’Europe et au référendum. Car les arguments que vous me donnez n’en sont pas. Ils se contentent de juger du fonctionnement de la bureaucratie Bruxelloise en sociologue ( les sociologues sont souvent marxiste).et d’en déduire que vous n’en voulez pas. Admettons que vous ayez raison, ce serait très superficiel. Car la bureaucratie de Bruxelles ne fait pas d’abus de pouvoir : elle se contente d’exercer le pouvoir que lui ont conféré les Traités.

    Mais pour comprendre ce point il faut d’abord se demander comment on fait dans un état démocratique pour garantir des droits fondamentaux -( potentiellement contre une éventuelle élection). La seule manière de le faire est la LOI et les INSTITUTIONS. Or une institution est une bureaucratie ; et elle a toujours un fonctionnement un peu kafkaien – c’est un mal nécessaire. Prenez l’exemple de la Cour des comptes, dont on chante les louanges aujourd’hui . La Cour est une institution où les gens sont indépendants ( id est intouchables à vie), parce qu’ils ont une seule mission : garantir les comptes de l’Etat ( la cour n’ a pas le droit de juger les individus). J’imagine que vous êtes de ceux nombreux, en France, qui pensez « qu’en France seule la Cour fait son boulot correctement ». Moi aussi. Mais si vous connaissiez le fonctionnement interne de la COUR ! Il est aussi bureaucratique que Bruxelles

    5. La conclusion vient d’elle-même . Vos critiques de Bruxelles sont erronées
    Car Bruxelles n’A PAS a ETRE démocratique. Bruxelles est un ensemble d’institutions mis en place pour garantir les Etats et les citoyens des Etats contre les abus de pouvoir : ce sont des principes contraignants et Bruxelles fait correctement son job : elle contraint. Elle contraint notamment les Grecs à diminuer leurs déficits car sinon ils mettraient en péril l’euro. Et elle contraint les Etats du Sud à ne pas spolier les Etats du Nord ( car c’est cela que veulent dire les eurobonds : la possibilité pour les pauvres du Sud, d’émettre des chèques sur la richesse du Nord, sans aucun droit de regard sur leurs finances – en d’autres termes de creuser leur déficit à 20, 30 %)
    Mais en dehors de l’exécution des contrats c’est le Conseil qui décide.
    Alors bien sûr Bruxelles pourrait mieux faire . tout le monde le sait. Mais le problème que vous posez n’est pas là . Il est dans le fait suivant
    ==> avec la crise économique, la France s’est installée sur une trajectoire de socialisation. Mesurez que la récente loi sur la fraude fiscale a instauré la garde à vue de 96 heures, dont les 48 premières sans avocats. Alors que les même députés, ont encore renforcé le droit de lé défense – pour toutes les autres atteintes à la propriété !!!
    ==> les seules limites réelles qui nous soient données ( et qui donc protègent les français) viennent de Bruxelles et des Traités que nous avons signés. C’est parce que Bruxelles notamment a édicté la règle des 3% que le Gouvernement Hollande est en difficulté – id est a été obligé de s’exposer en montant les impôts ostensiblement… et se voit obligé de faire autrement.
    Imaginez un instant. Imaginez si nous avions les Eurobonds. Imaginez si nous n’avions pas Bruxelles. Ce n’est pas 100000 « emplois jeunes » que nous aurions , mais Un million. ce n’est pas 58 % du PIB qu’on aurait en dépenses de l’état , mais déjà 60 et demain 62 ..
    Alors oui. Tant que la France ne sera pas une démocratie libérale . Vive Bruxelles

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