Le pas si libéral programme de l’UMP

Tandis que samedi le président normal congédiait par un simple communiqué son ancienne concubine officielle, certains parlèrent de répudiation, d’un acte aussi élégant que le dragueur ordinaire rompant les amarres par un vulgaire SMS, que le dimanche une foule très diverse réclamait sa démission, l’UMP présentait dans une indifférence assourdissante son programme de réformes. Nous n’en aurions pas entendu parler si ce bon vieux Alain Juppé n’avait pas critiqué ce fatras de mesures en les qualifiant de trop libérales. Comme désormais tous les lundis, l’immense Jean-Marie Colombani, ex directeur du Monde et sévissant maintenant sur slate.fr, donnait son avis professoral et extra-lucide sur l’Angleterre écumant au passage les clichés tenaces qu’il est de bon ton d’asséner envers le libéralisme. Sur quoi se fondent ces deux éminences grises de la pensée française manifestement supérieure à la vue de sa situation économique ? Quels arguments faut-il opposer à ces critiques risibles pour faire enfin sauter le verrou qui depuis trop longtemps condamne la France à l’enfermement idéologique directement responsable de son pourtant très réversible déclin ?

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Le président normal préfère les bébés robots que les bébés humains en élargissant les conditions de l’IVG, mesure évidemment essentielle au redressement productif français par les temps qui courent, juste avant d’aller voir le Pape… 

Le 25 janvier, l’UMP a déployé une réflexion portant sur 3 axes que le parti juge essentiels :

  1. 1.       Les Français veulent + de liberté

• parce qu’ils sont étouffés par les impôts, les normes, les contraintes, et par un climat de suspicion permanente.

  1. 2.       Les Français veulent + d’autorité

• parce qu’il n’y aura pas de confiance sans sécurité et sans repères partagés.

  1. 3.       Les Français veulent + d’égalité

• pas de l’égalitarisme. L’égalité des chances. L’égalité devant les efforts et les réformes. La fraternité !

Le constat n’est pas mauvais voyons voir sur le point mis en tête de gondole ce qu’on peut en dire :

  • La durée du travail et le seuil de déclenchement des heures supplémentaires ne seront plus définies par la loi mais seront négociés entreprise par entreprise.
  • Dans la fonction publique (Etat, hôpital, collectivités locales) et dans les administrations de la Sécurité sociale, augmentation négociée du temps de travail.
  • Pour les salaires, renvoi aux négociations entre partenaires sociaux (partage des gains de productivité) + hausse de l’intéressement.

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Le recours de la droite après une tournée chez Emmaüs.

Hollande expérimente en ce moment la négociation entre ces partenaires sociaux, qui n’ont de partenaires que le nom et la représentativité que d’eux-mêmes. Tout le monde journalistique se glose de l’ANE, qui porte bien son nom, mais qui n’offre aucune avancée suffisante pour qu’un petit patron de PME cesse d’avoir la main qui tremble au moment de signer un CDI : Les CDD et missions d’intérims de ne se sont jamais aussi bien portés que depuis le début de la crise. Dans ces conditions, difficile d’investir, contracter un prêt et se projeter dans l’avenir : La précarité c’est maintenant. La surprotection du CDI est telle qu’une embauche sous ce contrat devient marginal, nul ne peut s’étonner que tous les agents économiques soient frileux et consomment peu… L’UMP se montre volontairement flou, après le travailler plus pour gagner plus, reconnaissons qu’un travailler plus pour gagner pareil n’est pas très vendeur. Faute de pouvoir réellement baisser la fiscalité pesant sur le travail et en priorité pour développer les activités à plus forte valeur ajoutée, le choc de compétitivité le plus simple et le plus immédiat serait pourtant de supprimer la dizaine de jours de RTT qui du reste n’ont jamais servi à développer le lien « social » dans la famille ou je ne sais quelle fumisterie socialiste présentée comme vertueuse car « sociale »…

  1. 4.       Réformer la formation professionnelle en remplaçant l’indemnisation passive du chômage par l’indemnisation de la formation

• avec deux contraintes :

– dégressivité des allocations chômage pour inciter à la reprise d’activité (au bout de 6 mois en fonction du niveau de rémunération, de l’âge, du contexte local, et du parcours de formation),

– obligation d’accepter un emploi correspondant à la formation suivie.

  1. 5.       Pour mieux accompagner les chercheurs d’emploi

• Création de l’Agence pour le travail (fusion Pôle emploi, Missions locales, APEC, Cap emploi), avec un taux d’encadrement renforcé

• Mise en concurrence de l’Agence pour le Travail, avec des agences de reclassement, librement choisies par les demandeurs d’emploi, et rémunérées au résultat.

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Entre socialistes, on a de bonnes blagues à partager sur ce crétin de peuple qui avale à chaque fois nos conneries!

La baisse de l’indemnisation est floue est invendable en tant que tel surtout si on est chômeur soit même… Le mal français dans sa splendeur ressurgit dans les critères, « ça dépend ». Il va encore falloir nommer une « commission d’experts » ou mieux recourir une nouvelle fois à nos chers « partenaires sociaux » en allumant un cierge pour qu’ils tombent d’accord. Pas besoin de réfléchir longtemps pour être stupéfait par la logorrhée ultra prudente d’un parti qui affirme incarner des valeurs d’autorité en vue de l’intérêt général. Les intérêts particuliers peuvent ici dormir bien tranquillement. La centralisation jacobine trouve un écho sur la création d’une nouvelle agence : Nationalisons donc l’APEC alors qu’aujourd’hui le pourvoyeur d’emploi numéro 1 en France est le site d’annonces « le bon coin »… Si si… Le privé donc… Rien de plus à ajouter à cette proposition qui mérite un facepalm et en complète contradiction à la dernière proposition plus astucieuse qui se rappelle que la concurrence est insurpassable dans la recherche de l’efficacité au meilleur prix. L’UMP est une famille politique diverse m’objectera-t-on, certes, mais il est navrant que cela puisse se voir autant !

  • Créer un seul contrat de travail, fusionnant le CDD et le CDI, avec des droits progressifs.
  • Réécrire le code du travail pour l’alléger drastiquement.
  • Réduire les délais de la justice prud’homale à 4 mois maximum.
  • Doubler les seuils sociaux pour les entreprises et assurer un lissage sur 3 ans pour les atteindre (passer le 1er seuil à 20, le 2ème à 40, le 3ème à 100…).
  • Fusionner les différentes instances de représentation du personnel dans un « Conseil de l’entreprise » pour les entreprises de moins de 250 salariés.
  • Instaurer la règle d’or de la simplification : choisir toujours la norme la moins contraignante lors d’une transposition de directive européenne.
  • Alléger les contrôles fisc

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Ha merde, j’ignorais que le RPR et plus tard l’UMP était vaguement un parti de droite, ils auraient pu prévenir!

Nouvel exemple de la schizophrénie de l’UMP : Du bien vu, du flou et de la démagogie. Le dernier point mérite qu’on s’y arrête. Les fraudes sont-elles dues à la nature intrinsèquement vilaine de l’âme humaine ou le fait de simples brebis galeuses ? Ne seraient-elles pas tout simplement encouragées par une pression fiscale et réglementaires démoniaque justifiant au passage une flopée de fonctionnaires à Bercy ? Un ancien ministre rappelait que la formulation d’une question aux autorités de Bercy comptait fortement. A la question est-il possible d’instaurer une flat tax sur l’impôt sur le revenu, la réponse était immédiatement non. A la question de savoir quel devait être le taux d’une flat tax pour supprimer la progressivité de l’IR, la réponse était 13%… La dernière proposition poujadiste sur les bords traduit d’abord la volonté certainement vaine de plaire aux artisans et aux commerçants mais elle trahit l’absence de réflexion de fond sur le fameux consentement à l’impôt qui semble calancher ces derniers temps. La fraude, le travail au noir, gris et dissimulé sont naturellement encouragés par une pression fiscale que nos très chers élus ne subissent pas eux qui ont voté des lois pour s’en exonérer et dont les parcours professionnels en politique leur assurent une myriade de revenus défiscalisés ou presque…

En 5 ans, le taux de dépenses publiques doit revenir à 50% du PIB. Soit 130 milliards d’euros d’économies.

• afin de baisser de 65 milliards les impôts et les charges

– notamment, en baissant les charges sociales par la suppression des cotisations « famille » (financement par des économies de dépenses et un basculement vers la TVA anti-délocalisations),

– notamment, en harmonisant la fiscalité du capital sur nos voisins européens.

• afin d’affecter 65 milliards au remboursement de la dette (auxquels pourraient s’ajouter des cessions d’actifs).

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Privatiser un peu, mais il faut surtout créer des agences bidons pour leur faire croire qu’on fait un truc… Laissez faire c’est trop inculquer l’idée qu’on ne sert à rien…

Schizophrénie toujours ou synthèse mode grand écart à la François Hollande ? L’Allemagne dépense 44% du PIB en dépense publique, l’UMP nous propose de faire la moitié du chemin pour harmoniser notre système avec celui des allemands en 5 ans. L’objectif paraît ambitieux mais les comparaisons internationales obligent à avouer que c’est le minimum syndical. Le vieillissement de la population allemande tendra probablement à réduire cet écart dans le futur, mais soyons clair, ce qui est proposé ici n’est que le strict minimum à réaliser pour garder un espoir de conserver la même monnaie et de crédibiliser l’attachement monétaire de la France avec l’Allemagne, une idée potentiellement bénéfique à long terme, ravageuse pour le moment.

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Dis, en décembre 95 on n’a pas été trop fermes, rassure-moi? Nan Jacques, rassure-toi, je me suis couché devant les syndicats qui ne représentent personne et j’ai ainsi réussi à faire croire que la droite était au moins aussi « sociale » que la gauche!

La TVA anti-délocalisation est donc exhumée : Faire payer moins le producteur au détriment du consommateur doperait-il notre économie ? A la marge peut être, nous importons beaucoup de produits high-tech fabriqués à l’étranger. Les taxer plus donnerait-il l’envie de les produire directement France ? Tant que l’UMP n’aura pas mué définitivement sur la question de la fiscalité du capital que des ignares et des scélérats ont jugé utile d’aligner sur celle du travail, rien n’est moins sûr !

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L’UK va tellement mal que son chômage va baisser sous les 7% : Heureusement que son déficit budgétaire assure à nos anti-libéraux au moins une ou deux années de critique sur le modèle anglais. Pas un mot en revanche sur l’avantage de bénéficier de la souveraineté monétaire, faut pas déconner, on est en France avec la meilleure presse subventionnée du monde.

Colombani jugeait comme d’habitude que la baisse du chômage en Angleterre qui en 2014 devrait passer sous la barre des 7% s’accompagnait d’une montée des inégalités, revers de la médaille du succès jamais démenti du libéralisme pour remettre une société à flot. Juppé juge ce programme étrange au fond proposé par l’UMP comme « trop libéral ». Les bras m’en tombent. Quel avenir une société surendettée doit-elle proposer à ses plus vulnérables ? Un job mal payé dans une société qui reprend de la vigueur et dans laquelle l’ascenseur social redémarre ou braquer l’épargne de ses forces vives pour pérenniser (quelques années tout au plus en fait) une redistribution aveugle au risque de tuer durablement son économie ? Demandez aux argentins… L’erreur de compas est invariablement la même : Être obnubilé sur l’accroissement des inégalités en négligeant le contexte économique qu’il fût macro ou purement budgétaire au niveau de l’état pousse à commettre une erreur de compas magistrale : C’est le capitalisme de connivence aggravé par une faible croissance qui fait croitre les inégalités. Vouloir réduire les inégalités sans croissance conduit invariablement à s’endetter et repousser toujours et encore la fuite en avant. Comme le notait Lady Thatcher au crépuscule de son pouvoir répondant à un travailliste aussi borné qu’un journaliste français, peu importe que les riches soient plus riches. Ce qui compte c’est que les pauvres soient moins pauvres… Dieu sait qu’en France certains ont fait valoir le fait qu’avant de redistribuer, il comptait d’abord de créer. Ils ne firent pas écoutés, maladroitement, à petit, tout petits pas, les français ouvrent les yeux et les analyses passéistes, faciles, avec des œillères empêchant de regarder les autres pays, surtout ceux qui réussissent dans la mondialisation sans avoir bradé leurs modèles sociaux. L’UMP ne captera pas et encore moins ne suscitera l’adhésion en conservant cette schizophrénie handicapante résultant de son incapacité à prendre ses distances avec le clientélisme électoral typiquement socialiste. A entendre Gaino, invité régulièrement chez Bourdin, Juppé possiblement réélu à Bordeaux dès le premier tour, le retour de Nicolas battu sur un malentendu, la révolution copernicienne de l’UMP n’est pas pour demain.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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4 commentaires pour Le pas si libéral programme de l’UMP

  1. Annick dit :

    Bonjour Duff,

    Vous faites un tour d’horizon complet et je n’ai pas grand chose à rajouter, car j’en suis aux mêmes conclusions que vous : peut mieux faire, beaucoup mieux !

    Considérant le : Les Français veulent + d’autorité il y aurait à décanter une telle affirmation. Si cela signifie subir les préjugés de potentats éclairés (les « oints » dirait C. Gave) il est clair qu’aucun changement ne se profile. S’il s’agit de la sécurité des biens et des personnes -rôle essentiel de l’État régalien- alors, c’est une autre histoire qui met sur le devant de la scène le fonctionnement de la Justice et ses lois « élastiques » et changeantes au gré des caprices des Garde des Sceaux. respectifs.
    L’instabilité de nos lois (dans tous les domaines) me semble être la cause d’une grande partie des échecs. Sans parler de magistrat syndiqués -une aberration bien française !- donc totalement partiaux, ayant tous pouvoirs de donner un coup de pouce pour faire pencher la balance dans le sens qui convient à leur idéologie prémâchée.

    Ce qui manque le plus dans ce programme UMP, c’est la redéfinition du rôle de l’État, l’analyse des domaines qui sont de sa compétence, et ceux qui ne le sont pas.
    Seul moyen d’arriver à un diagnostic sincère et juste et … à de réelles économies.
    On en est loin puisqu’on parle toujours de services publics dans des domaines (comme la Santé ou le Transport par exemple) qui n’ont rien à y faire.
    Ce qui est terrible, c’est que la Santé et le Transport (entre autres) font partie des secteurs qui feront l’économie de demain, donc la croissance.
    Plombés par la lourdeur étatique, la gestion obèse et donc peu optimale de notre Fonction Publique, notre avenir économique est sombre.
    Au final, le programme de l’UMP est toujours aussi « marxisant ».

    Bien à vous,

    • Duff dit :

      Merci Annick de votre commentaire, je partage votre point de vue à 100%.

      D’ailleurs vous le dîtes vous même : La priorité est de redéfinir les missions de l’état, Cameron et sa « Big Society » l’a fait. C’est d’autant plus urgent que les missions régaliennes de l’état sont de plus en plus mal assurées : Armée dépecée, Insécurité, justice aux ordres et totalement laxiste… Les socialistes de gauche mais aussi de droite ont fonctionnarisé tant de missions, songez que ce pays a pu être prospère dans les 30 glorieuses alors qu’aucune des nationalisations du front populaire ou des collectivisations du CNR n’ont été seulement juste remises en question!

      Cordialement

  2. florence dit :

    Disons que l’UMP est le parti qui est devenu l’idiot utile de la gauche tout comme le FN. Le pourvoir est accaparé par ces 2 partis aussi nul l’un que l’autre et pour cause, ils défendent avant tout leurs propres.intérêts. Nous vivons depuis 40 ans dans une fausse démocratie mais dans une vraie ploutocratie.

    • Duff dit :

      Hélas oui, le confort accordé et même auto-accordé à nos élus les coupent des réalités quotidiennes des français ce qui a immanquablement provoqué l’apparition d’une caste supérieure dirigeante. L’oligarchie est un système qui découle naturellement de la démocratie dont les institutions et sa pratique confine à museler le peuple. Je suis en train de réfléchir à un billet à ce sujet car l’oligarchie qui se met en place c’est le côté pile, le côté face c’est que les opposants mêmes respectables, sont outrageusement qualifiés d’au mieux de populistes.

      Cordialement

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