Les 3 droites en France où comment l’alliance des deux antilibérales pourraient retarder l’urgence du renouveau intellectuel indispensable à l’opposition.

René Rémond écrit et revisita régulièrement sa thèse de la coexistence tumultueuse de trois principaux mouvements dits de droite depuis la révolution et la restauration. Par franchise, j’admets ne pas avoir lu ses travaux mais m’y intéresse car les principales idées directrices semblent parfaitement indiscutables et plus jamais d’actualité. Listons-les donc :

  • La droite légitimiste qui se caractérise par son refus de la révolution et qui soutiendra sous Charles X une restauration monarchique autoritaire, réactionnaire opposée à la liberté d’expression par le bâillonnement de la presse en particulier.
  • La droite orléaniste qui sous le règne de Louis Philippe accepta la révolution à l’image du noble Alexis de Toqueville et entreprit des réformes libérales pour faire vite conforme à l’égalité (loin de l’égalitarisme tout de même) et à la liberté des individus.
  • La droite bonapartiste qui restore une forme de dirigisme étatique bien que ce fut sous Napoléon III que le traité de libre-échange fut signé entre la France et l’Angleterre mais qui conclut ses aventures guerrière comme on le sait par la défaite de Sedan.

Ce rapide billet et l’évocation de ces trois droites me vint immédiatement à l’esprit quand je pris connaissance de quelques éléments du discours de la nouvelle porte-parole de la manif pour tous prononcés dimanche 2 février 2014 à Paris. Au sujet de cette manifestation, deux constats évidents me viennent à l’esprit :

  1. Comme le laissait craindre l’agenda de la manif pour tous, recueil de textes des figures principales du mouvement ou présentées comme telles, Frigide Barjot en étant naturellement exclue, en dehors des civils et des religieux, les auteurs plus ou moins liés au monde politique penchant très à droite, une radicalisation du mouvement était probable. Un signe parmi d’autres selon l’égérie déchue, que le mouvement allait perdre l’aspect « bon enfant » qui avait permis de déjouer les pièges médiatiques jusque-là. Le succès de la manifestation d’hier, son visage inchangé à mars 2013 apporta un virulent démenti à celle qui avait cru bon prendre ses distances et à qui Thréard du Figaro demandait ce matin même s’il n’était pas temps de revenir sur son inutile dissension…
  2. Les manifestants proclamant qu’ils ne lâcheront rien face à un gouvernement qui non content d’avoir passé comme seule réforme majeure dans un pays proche du chaos économique une loi sociétale clivante fourmillent d’armes nouvelles directement offertes par ce gouvernement non seulement incompétent mais provocateur avec la modification opérée sur la loi Weil et les propos contradictoires sur l’enseignement – inévitable – de la théorie du genre. Rien de mieux pour se trouver des raisons de ne pas baisser les armes.

La modération de Frigide Barjot l’a finalement emportée. Si elle rallie à nouveau le mouvement, ce ne sera plus au rang d’égérie mais d’une simple voix, suiveuse d’un mouvement qui l’a complètement dépassé et que par conséquent elle a mal analysé. Je me réjouis que ce mouvement échappe à la caricature grossière que les médias dominants tentent d’en donner mais au fond les craintes de Frigide n’étaient pas infondées : Mieux, les éléments prétendus radicaux auraient peut-être bien retenu la leçon, surtout quand on voit ce que le traitement médiatique de la manifestation « jour de colère » la semaine plus tôt, totalement discréditée – hélas – par la présence de quelques adorateurs de la quenelle de Dieudonné.

La manif pour tous est-elle tout de même exempte de tous reproches ? Après une recherche méticuleuse sur le net, je n’ai pas encore pu me procurer le verbatim exact du discours de la nouvelle présidente du mouvement : Ludovine de la Rochère. Après des études d’histoires, notre Dom Quichotte du libéralisme de droite assène les clichés finalement pas si abrasifs dans le contexte politique actuel : Le mariage pour tous serait la conséquence de l’ultra-libéralisme ambiant. Ludovine n’évoque pas que la gauche libertaire de mai 68 et son relativisme culturel égalitariste, mais aussi son culte de l’individualisme exacerbé économiquement… Soit Ludovine est ignare et idéologue comme tous les vulgaires profs d’histoire-géo français qui enseignent paisiblement l’histoire du XXème siècle tout en continuant d’être eux-mêmes marxistes, soit elle appartient, puisqu’elle signale gentiment n’avoir jamais voté à gauche, à cette frange réactionnaire tout aussi débile qui croit que le libéralisme en défendant la liberté individuelle oublie toute obligation de responsabilité qui contraint l’action humaine à une recherche d’excellence dans le comportement en société…

Faute du verbatim sous les yeux, je n’irai pas plus loin de l’analyse mais deux ultimes constats me sautent aux yeux :

  1. Face à une France qui crève de son système oligarchique qui conchie le libéralisme prompt à s’attaquer aux rentes qui fossilise le système, le discours de Mme de la Rochère n’est pas franchement subversif et si dangereux…
  2. Christine Boutin a déclaré que des barrières entre certaines des droites étaient en train de sauter, inutile de rappeler comment cette socialiste de droite est opposée aux réformes du modèle social français…

Les prochaines réunions de la manif pour tous seront à surveiller et en particulier la jeunesse du mouvement et la fraicheur appréciable et indispensable qu’elle y apporte, c’est son moteur véritable, bien au-delà de sage prudence médiatique que Frigide Barjot savait indispensable au départ. Si cette jeunesse perçoit une alliance rétrograde entre les deux droites antilibérales cherchant à poursuivre encore l’ordre l’ancien régime établi et la radicalisation comme réponse à l’échec de la séduction, elle prendra je l’espère ses distances : Ce sera pour moi le vrai, l’unique, l’indiscutable signal du renouveau face à des forces conservatrices restant aveugles et des forces réactionnaires éternellement aveugles.

Ajout du 05/02/2014:

Discours de Ludovine de la Rochère (présidente de la LMPT):

Commentaire : Avant la seconde minute, la présidente parle de marchandisation des corps, de sa crainte de voir des enfants achetés comme de simples burgers et pourquoi pas commandés sur internet? Est-ce si exagéré que cela? Non elle dit avec justesse que les socialistes enferment les individus dans la distribution d’aides sociales et veulent forger un homme nouveau, mais au sujet de ce totalitarisme liberticide par définition, elle n’énonce pas avec la clarté quelles libertés elle souhaite défendre et les faux droits à blâmer. L’ultra-libéralisme économique n’a rien à voir dans votre combat , chère madame. Comme de nombreux électeurs et élus FN, cette partie de la droite entretient de bien curieux rapports avec la liberté, c’est quand ça l’arrange peut être.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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