De vrais experts et le péché mignon des centristes français

L’émission des experts de BFM Business du mardi animée par Nicolas Doze est souvent la plus intéressante de la semaine car elle y voit un ancien ministre, candidat à l’élection présidentielle, Alain Madelin donc, débattre avec d’autres acteurs économiques. Madelin n’a que très rarement à faire avec un contradicteur talentueux, adversaire du libéralisme. Ces derniers temps, Nicolas Doze a bien tenté de flanquer dans les pattes du libéral au brushing légendaire la jeune socialiste Juliette Méadel  qui en dehors de ses beaux yeux et son physique agréable raconte à peu près n’importe quoi. Mardi dernier face à l’indéboulonnable taulier, Nicolas Doze a pu inviter le financier Charles Gave, président du think tank libéral « l’institut des libertés ». Comme à chaque passage, le niveau monte d’un voire plusieurs crans. Au point même que dans chacune des deux parties de l’émission, les brillantes analyses de Gave mirent en lumière une limite sérieuse aux arguments avancés par Madelin. L’ennemi ne vient pas toujours de là où on l’imagine, surtout quand on expose une vision un peu idéalisée qui se voit opposer une analyse méthodique de la froide mécanique du monde et de la situation dramatique de notre pays.

La situation en Ukraine

La première partie s’ouvre sur les événements en Ukraine et l’incroyable faiblesse des européens et américains face à Poutine. On peut tout de même s’interroger sur les motivations des occidentaux qui reproduisent à l’identique la même erreur grossière face à Poutine à quelques mois d’intervalle. Le soutien indéfectible de Poutine à Assad en Syrie n’a semble-t-il pas servi de leçon à nos brillants va-t-en guerre. Ce lundi, Gave enfonçait le clou dans un remarquable billet en décalage complet avec nos médias mainstream toujours autant fascinés par le président Obama et n’ayant toujours pas relevé son incroyable nullité en politique étrangère. Nous aurons peut-être enfin un papier qui évoquera sa perte d’influence à l’intérieur même des USA quand le fantastique président aura pris une raclée bien méritée aux élections de midterm à la fin de l’année. Autre point à souligner, Janet Yellen a pris la succession de son mentor magique Ben Bernanke à la tête de la FED et a annoncé d’entrée de jeu qu’elle n’attachait aucune espèce d’intérêt pour les perturbations monétaires internationales ayant notamment pour origine la politique monétaire de la FED, la plus aventureuse de son histoire. Avec un président aussi malin en politique étrangère, il y a de quoi redouter la gestion américaine du premier coup de grisou sérieux. Alain Madelin tente de compléter l’analyse géostratégique imparable de Charles Gave sur le terrain purement économique notant que l’interpénétration des économies et de la finance réduit le champ d’action et les velléités d’un histrion belliqueux. Son idée, quoique recevable, me semble très mal formulée et sujette à des interprétations malheureuses. Affirmer que le protectionnisme peut conduire à la guerre en plus de son caractère immoral et clientélisme, affirmer que le libre échange est la seule réponse vertueuse est une chose mais parler de relations internationales entre pays membres de l’OMC en est une autre. Ni une ni deux, les commentaires de souverainistes ont fusé : Madelin soutiendrait l’idée que les cartels financiers et pétroliers notamment feraient plus pour la paix que les diplomates investis par des dirigeants élus et responsables…

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Résumé facile mais laissant trop facilement place à la caricature…

Pour les extrémistes de tout poil et autres adeptes des théories du complot de l’hyper classe mondiale, c’est du pain béni. Sauf que le libéralisme prôné par Madelin cherche précisément à éviter la formation de cartels par le respect d’une concurrence encadrée par le droit. Le mot « concurrence » étant vomis par les socialistes de tous les camps, ce détail pourtant majeur est facilement oublié. Reste que son propos confirme aux souverainistes, qui se méfient des instances européennes parfois à juste titre, que l’identité des peuples, leur civilisation, leur culture, leur histoire ne peuvent être sacrifiés sur l’autel du business. En l’absence actuellement de transparence et d’une démocratie représentative efficace en Europe, et pire d’un projet fédéraliste crédible de chaque côté du Rhin, il n’est pas anormal que les rangs de ceux qui redoutent que la commission européenne soit sous l’influence de cartels grandissent et en réclament le démantèlement et non une réforme. La realpolitik de Poutine permet à Charles Gave d’exhumer une citation excellente du Général : « Les Nations n’ont pas d’amies, elles ont des intérêts ». Encore faut-il des gens sérieux à leur têtes pour les défendre, la sympathie pour Poutine de la droite française est symptomatique du mal qui ronge la France. M. Poutine est peut être respectable pour sa résistance aux folies progressistes qui ont contaminé tous les débats sociétaux en occident, mais M. Poutine n’est pas un grand démocrate devant l’éternel…

Situation en France, l’euro trop cher pour les folies socialistes

Seconde partie : Rebondissant sur les propos du minable Montebourg sur l’euro clairement surévalué pour la France, Alain Madelin tente encore de vanter ses solutions visant une sortie par le haut de cette situation : Favoriser l’investissement, la robotisation, la fluidité du marché de l’emploi, la baisse des dépenses publiques. La réponse de Charles Gave est cinglante et parfaitement prévisible de surcroît : L’euro est une tentative de prise du pouvoir par des technocrates non élus. Comment définir des taux directeurs pour des économies, des démographies aussi divergentes ? Le constat est sans appel : Les plans pour établir une solidarité bancaire et financière sont rejetés par les allemands rendant impossibles tous les mécanismes qui pourraient atténuer le différentiel de compétitivité autrement que par le chômage et la déflation salariale. En ce début 2014 la conséquence de l’intransigeance compréhensible des épargnants allemands vieillissants est palpable : L’Europe du sud est menacée par la déflation tandis que les prix restent stables au nord… Mario Draghi et la BCE finiront par intervenir et outrepasser le mandat de la banque centrale européenne. D’autant que la France est prodigieusement bien gérée, que le pacte de responsabilité commence à se dessiner : C’était une magnifique opération de communication qui va bien entendu accoucher d’une souris, l’Italie est désormais aux mains d’un jeune crétin incompétent et parfaitement inexpérimenté, Rajoy en Espagne s’est décrédibilisé médiatiquement sur le durcissement des conditions encadrant la pratique de l’avortement, une priorité parfaitement évidente à la vue de la situation financière de ce pays dont la baisse du chômage semble plus due à l’émigration espagnole record. Pour achever le tableau, Merkel doit composer avec les européistes idiots du SPD qui n’assumeront jamais la fin de cette monstruosité monétaire, tout ça parce que le parti AFD anti-euro en piquant des voix au FDP et à la CDU a privé cette dernière de son allié libéral et d’une victoire totale au Bundestag à l’automne dernier. Bref Draghi pourra faire n’importe quoi pour prolonger encore plus longtemps le cauchemar. Madelin finit par avouer son manque de solution face à cette situation bloquée par des instances européennes irréformables, les intérêts bien compris des allemands qu’on ne peut en aucun cas accabler de ne rien faciliter aux collectivistes français.

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Conclusion du génialissime Jean-Marie Colombani sur l’Ukraine : Les intérêts des pays européens sont divergents donc il faut vite une armée européenne. Comment dire… Ce type a du probablement déposer 48 bulletins « oui » au référendum de Maastricht!

C’est aujourd’hui les deux sujets de désaccords que j’ai avec mes amis centristes : L’abandon de la souveraineté au profit d’une technocratie m’interdit d’accepter un fédéralisme sans réforme profonde de la gouvernance européenne avec plus de démocratie et de transparence. Les eurodéputés, c’est encore en 2014 une farce de mauvais goût avec des apparatchiks recasés après avoir perdu à des élections nationales, des cumulards ou pire des affairistes vendus trop contents d’aller fricoter avec les lobbyistes bruxellois. Les quelques gens compétents ne sauvent pas le reste. L’euro est un tabou, se refuser d’envisager sa fin, laisser cette question aux seuls extrémistes alors que la situation française va s’aggraver dans les prochains mois est de plus en plus dangereux. Les solutions promises par Marine Le Pen sont terrifiantes ! Planche à billet, inflation, dévaluation… Au secours !

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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