Tsipras : de Médée à Mayday

La dernière tragédie grecque qui se joue dans tous les théâtres européens vire à la bouffonnerie, à la pochade navrante dont le cinéma de l’exception française produisait avec une presque regrettée décontraction dans les années 70 et 80. Le scénario était nul et parfaitement convenu, les acteurs mauvais à peine capables de débiter des dialogues consternants et on en venait à se demander pour quelle raison tant de pellicule avait été aussi maladroitement gâchée. Dans la série des « Saint Tropez » de Max Pécas, on se calmait et on buvait frais devant les absurdités du scénario dont les méandres improbables avaient pour comme seule finalité de filmer les nichons à l’air de jolies filles, à ce jeu, l’italien Tinto Brass faisait même figure de véritable artiste en Italie. Je crains pour le pauvre Alexis qu’il n’aura pas grand-chose de mieux à montrer au peuple grec que les tailleurs austères de Frau Merkel.

Décidément, Alexis Tsipras peut regretter que le socialisme ne sert qu'à gagner des élections et non à faire  la prospérité et l'aura d'un pays

Décidément, Alexis Tsipras peut regretter que le socialisme ne sert qu’à gagner des élections et non à faire la prospérité et l’aura d’un pays

Comme prévu le plan dévoilé par le gouvernement d’Athènes a de quoi doucher les espoirs du peuple martyr d’Europe qui avait pourtant triomphalement porté au pinacle l’espoir de la gauche radicale européenne avec… moins de 35% des voix. Alexis pouvait s’époumoner face aux  majestueux temples en ruines, érigés à la gloire des divinités du passé, face aussi au peuple fier et debout mais ruiné lui aussi. Il refusait de traiter avec la troïka, le mot a disparu mais les commentaires de l’euro group, du FMI et de la BCE restèrent invariablement les mêmes. Envolées les promesses de revalorisation massive du SMIC, des embauches de fonctionnaires et de la suppression du programme de privatisations. Syriza se couche les armes à terre et, comme prévu, les économistes keynésiens ou carrément communistes qui avaient accroché un portrait d’Alexis le Grand dans leur chambre à coucher comme d’autres y plantent un crucifix vont devoir se creuser la tête pour dissimuler que les armes de Tsipras avaient été achetées à crédit au Toys’R Us du coin.

Seul intérêt de Tsipras : Faire tomber les masques en France où le mot "nazi" est venu expliquer pourquoi le renoncement des allemands au socialisme est troporible pour ses voisins. Comprendra qui pourra...

Seul intérêt de Tsipras : Faire tomber les masques en France où le mot « nazi » est venu expliquer pourquoi le renoncement des allemands au socialisme est troporible pour ses voisins. Comprendra qui pourra…

Le Winter Tour de Tsipras et de son ministre Varoufakis a donc viré au fiasco : Comme je le notais dans mes billets précédents, ce fut sans surprise que les deux rock stars reçurent un accueil glacial et que malgré l’âpreté des négociations telles qu’elles se sont engagées s’écraseraient sur la fermeté de Merkel bien entendu, comme prévu, mais aussi de l’espagnol Rajoy. Un intervenant régulier et sérieux de BFM Business a même rapporté un fait bravement occulté par notre gentille presse émerveillée par l’irruption sur la scène politique européenne d’un nouveau phénomène de foire : L’un des premiers déplacements de Varoufakis fut à Londres, capitale d’un pays qui n’a pas mis le moindre centime au pot n’ayant pas le privilège formidable de faire partie du Titanic euro… Si l’histoire a oublié les présidents français potiches et qu’il est donc, presque, permis de dire qu’Hollande et sa légendaire indécision fait de lui le dirigeant le plus médiocre depuis Louis XVI, reconnaissons-lui une qualité supérieure à la trop visible incompétence et démagogie des responsables grecs actuels : Bien que sa maîtrise du protocole laissait totalement à désirer pour sa première sortie et que son avion – frappé par la foudre – eut du mal à rallier la destination finale, au moins, il volait en direction de la bonne capitale, Berlin.

Avec l'euro on supprimait un prix de marché essentiel : La valeur des monnaies. Avec le QE on supprime les taux d'intérêts. Il n'y a plus aucun prix de marché, accrochez vous les socialauds pour nous pondre une croissance dans de pareilles conditions!

Avec l’euro on supprimait un prix de marché essentiel : La valeur des monnaies. Avec le QE on supprime les taux d’intérêts. Il n’y a plus aucun prix de marché! Coton pour nos socialistes de nous garantir une croissance dans de pareilles conditions!

Comme prévu, Tsipras baisse son froc. Il ne reste plus qu’à lutter contre la fraude fiscale et enfin faire payer les oligarques grecs pour ne pas totalement perdre la face vis-à-vis de ces pauvres électeurs qui ont malheureusement cru au grand soir. Les économistes de gauche, la vraie, qui pensaient qu’il allait négocier avec une paire d’as en main doivent, comme tout le monde, constater que Syriza n’avait qu’une poubelle. Voilà qui est intéressant : La préservation de l’euro dépend d’un accord sur le dos d’un peuple souverain qui a voulu se torcher avec le bail signé avec les autres pays partageant la même monnaie. Donc pour le bien de l’euro, il faut sauver le soldat Rajoy. Quid en France alors que le FN est donné en tête du premier tour des départementales ? Pour l’instant, faute d’instance fédérale et démocratique gérant budgets / modèles sociaux / redistribution dans la zone euro, la préservation de l’euro apparaît comme un objectif supérieur à toute expression démocratique d’un peuple soit disant souverain. Puisque sans vote par référendum des mécanismes comme le MESF et la prise en charge (près de 50 milliards d’euros pour la France) de la dette grecque implique des engagements considérables tandis que nos députés s’étripent pour quelques centaines de millions d’euros par ci par là, comment faire taire les vilains populistes qui notent que l’euro expédie par le fond nos démocraties ?

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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8 commentaires pour Tsipras : de Médée à Mayday

  1. Annick dit :

    Bonsoir Duff,

    Pour l’instant, faute d’instance fédérale et démocratique gérant budgets / modèles sociaux / redistribution dans la zone euro, la préservation de l’euro apparaît comme un objectif supérieur à toute expression démocratique d’un peuple soit disant souverain.

    Toute l’erreur est résumée dans cette phrase. Delors et ses comparses savaient parfaitement qu’une monnaie commune pour des économies si différentes, c’était non seulement absurde, mais dangereux. Ils ont tout de même foncé, parce qu’ils voulaient imposer leur dessein politique et obliger les pays d’Europe à se fédéraliser, sous la pression des USA. Ils ont donc mis la charrue avant les bœufs.
    Mais voilà, les cultures, les langues, les organisations de chaque pays sont différentes, et les peuples tiennent à leur identité parce que ce sont de vieux peuples, grande différence avec les Américains. N’importe qui d’un peu sensé le savait.
    Fédérer l’Europe est impossible. Et puis, cela favoriserait toutes les dérives de ceux qui veulent se croiser les bras et tout obtenir sans effort. Distribution des riches vers les pauvres (ou les paresseux, ou les corrompus) c’est déjà difficile à faire avaler dans un pays, alors, impossible entre plusieurs nations.
    La confédération me paraît plus adaptée, avec une toute autre organisation des instances européennes, notamment plus démocratique et moins centralisée.
    L’Europe devait tout résoudre, tout simplifier, disaient-ils, elle ne fait que compliquer en voulant mettre son nez dans tous les domaines. Résultat, c’est le déclin pour tous ceux qui ne peuvent pas adapter leur économie à un euro-mark beaucoup trop fort.

    Quant à Tsipras, c’était couru d’avance que, sans sortie de l’euro, ils étaient pieds et mains liés.
    Mais… ils n’ont peut-être pas dit leur dernier mot et la ruse de Troie pourrait se répliquer.
    Ils ont 4 mois pour s’installer et mettre de l’ordre, mais aussi 4 mois qu’ils pourraient mettre à profit pour convaincre les Grecs du retour au Drachme.
    Tout est possible, wait and see.

    Amicalement,

    • Duff dit :

      Chère Annick,

      Oui c’est la phrase clé en effet. J’irais même plus loin dans l’interprétation politique qu’on peut en donner : L’UMP et le PS crèvent de leur double discours à ce sujet. A paris devant les caméras et les micros de nos bons vieux journalistes français paupérisés et bien soviétisants ils disent que la mondialisation et le libre échange est trop horrible, à Bruxelles ils votent comme un seul homme pour ouvrir aux quatre vents le pays. Ils crèveront de cette terrible contradiction.

      La différence que j’ai avec un Zemmour qui a compris cette dichotomie ou le FN qui l’exploite très maladroitement, c’est que je crois au libre-échange, à la libéralisation de l’économie et de ce qui fait l’UE un peu libéral à savoir les directives visant à casser les monopoles publiques. Mais garder l’euro veut clairement dire réformer en profondeur notre modèle social qui était déjà visiblement la cause de nos malheurs du temps du franc. L’Euro n’est pas la cause, c’est juste un accélérateur. Le révélateur des faiblesses, des manquements et de la lâcheté politicienne française. Amusant que ce soit le « socialiste » Mitterrand et les Delors & cie qui l’ont tant voulu…

      Je ne vous ressors pas la fameuse phrase de Bossuet pourtant nous y sommes, ce que les socialistes imaginent pour le pays à long terme détruira le socialisme. Le QE ou toute les innovations sophistiquées pour prolonger un peu l’aventure socialiste se termineront mal. Les socialistes se trouveront – je n’en doute pas – des coupables faciles pour détourner l’attention mais qui a un peu de recul voit fort bien les choses.

      Bonne fin de we,
      Cordialement

  2. francoiscarmignola dit :

    @Annick: Complètement d’accord avec vous sur la Fédération et son impossibilité; mais elle fut aussi un moyen, lâche et honteux pour se dédouaner d’avoir à assumer la libéralisation dont on savait qu’elle était nécessaire, à rebours de ses propres partisans.
    Oublions la rigueur de 83, qui fut pour un Onfray et les autres Zemmour la libéralisation radicale dont nous savons bien sur qu’elle n’eut pas lieu, hélas.
    Delors pensait justement la faire passer « par la bande » peut être plus que la fédéralisation, elle surtout un prétexte pour séduire le centre. Car la libéralisation, figurez vous, n’est souhaitée par personne dans ce pays, et dans beaucoup d’autres. Elle fut pourtant menée par certains pays, et c’est maintenant notre tour, un peu tard il faut le dire.
    Que l’Euro fort condamne au déclin ceux qui ne peuvent s’adapter, très bien: il n’y a pas d’autres voies et les dévaluations de Charles Gave ne résoudront rien: il nous faut à nouveau accepter qu’il y ait des pauvres dans notre beau pays, et pas seulement des pauvres importés d’Afrique.
    Une réduction drastique du poids de l’infrastructure publique sur le pays est absolument nécessaire, et c’est l’Europe qui le demande !
    C’est à nous maintenant de le décider avant que l’on ne nous l’ordonne.

    • Duff dit :

      Nous sommes bien d’accord.

      Personne – et certainement pas pudeur – n’explique les causes du virage de 1983: Ils voulaient changer la vie, ils ont du changer de programme et ce sont faits botter le cul quand même en 1986. Comme en 1993 puis 2002.

      Pas étonnant qu’ils paient grassement des énergumènes paleo-communistes pour réécrire l’histoire dans l’ednat. Les preuves et les faits ne cessant de s’accumuler, ils ont décidé de ne plus enseigner l’histoire…

      Cdlt

      • zelectron dit :

        . . . sauf qu’un nombre sensible de « petites mains » ont réécrit un certain nombre de pages antérieures à l’époque actuelle: l’exemple de l’histoire des radios libres est stupéfiante de fausseté sur le support Wikipédia. La vérité? après avoir chassé et éliminé par tous les moyens y compris infâmes tous les émetteurs de « droite » Mitterrand a proclamé qu’il autorisait les radios libres à émettre dans la bande FM (Son ministre de la propaganda Georges Fillioud, son « Goebbels » favori, l’y ayant aidé pleinement) Ce qui fait qu’aujourd’hui encore l’ensemble des radios et télévisions en France est ultra majoritairement de gauche.
        Comment se fait-il que nous ne puissions recevoir librement les émissions belges, suisses, luxembourgeoises, italiennes, espagnoles ou anglaises, entre autres (Europe des 27) alors qu’eux mêmes reçoivent les françaises sans payer 1 centime ?

  3. Je tenais à vous remercier pour cet article.

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