Rama y va. Un libéralisme populaire toujours sans voix

Trop occupé ce jeudi je n’ai pas pu surveiller les réseaux sociaux comme d’accoutumée. Patatras en rentrant chez moi ce soir, les mauvaises nouvelles s’enchaînent avec une telle brutalité que j’ai peine à y croire. Je vous passe la disparition prématurée et suspecte d’un artiste américain (auquel je n’ai jamais été sensible ouf parce que la liste fin 2015 / début 2016 était rude), je savais juste qu’au 20h de TF1, un des étranges OVNI politiques lancés par Sarkozy,  Rama Yade en l’occurrence, allait probablement se lancer dans la course à la présidentielle de 2017.

La belle affaire prête à sourire, elle n’a aucun mandat, elle n’avait pas été choisie pour son talent mais des qualités de politicienne et la soumission de Nicolas Sarkozy aux oukases médiatiques le pressant de réaliser une ouverture tellement large qu’il finît par oublier les soutiens sarkozystes de la première heure dixit Dejedjian. Certes Hollande poussa le bouchon encore plus loin dans les équilibres savants entre sensibilités politiques, la parité homme/femme et présence accrue de couleurs de peau non blanche. Notre bon président Hollande a promu des gens incapables parce que le critère de compétence s’était totalement effacé derrière le casting nécessaire pour apparaître moderne face aux médias. Un ministre qu’il soit noir blanc ou musulman, s’il est incompétent, c’est l’administration qui gouverne (rarement autrement que blanche, ce qui souligne l’hypocrisie ambiante) et ça se termine en epic fail garanti. J’ai le regret de l’écrire, j’ai le regret de me baser que sur les faits, et de les juger en étant autant que possible dépourvu de tout prisme racialiste, ethnique ou religieux contrairement à cette bande de guignols soumis au politiquement correct qui prétendent gouverner le pays depuis un bon moment. J’ai toujours considéré que la discrimination positive (un temps agitée par Sarkozy) était une insulte à la méritocratie française consacrée par Bonaparte et une concession insupportable à l’égalitarisme gauchiste qui nivelle toute valeur et toute réussite vers le bas. Rares furent les voix pour expliquer à Sarkozy son erreur qui hésitait entre une liquidation de la droite bonapartiste dont il se réclamait à chaque campagne et un progressisme typiquement de gauche.

Voici le texte que j’ai du mal à saisir du Parti Libéral Démocrate:

Avec Rama Yade,
la France qui ose

Rama Yade a annoncé ce soir sur TF1 sa candidature à l’élection présidentielle pour incarner une vision rénovée de notre pays bâtie sur la justice, l’initiative privée et la liberté.

14 ans après le « séisme » du 21 avril 2002, qui a vu l’accession de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, le Front national est passé de 18% à 30%. Les grands partis de pouvoir persistent pourtant à désigner des boucs émissaires au lieu d’accompagner les grandes évolutions de notre société. La même mauvaise pièce remet en selle les mêmes mauvais acteurs. Et à chaque élection, nous subissons le même chantage obscène au FN pour nous obliger à voter par défaut.

Comme Rama Yade, nous avons la conviction que ceux qui sont à l’origine des problèmes de la France ne peuvent pas faire partie de la solution. Ils sont pour la plupart responsables de n’avoir rien fait par absence de vision et manque de courage. C’est pourquoi nous refusons la confiscation de notre démocratie par ceux qui l’ont tant endommagée au cours des dernières décennies. Nous choisissons de nous engager derrière Rama Yade autour d’un projet radical refondant le pacte social qui unit les Français.

Nous avons d’abord besoin d’une révolution démocratique. Les Français doivent reprendre leur pouvoir en main avec de nouveaux outils d’expression populaire. Rendre le pouvoir aux Français, c’est les laisser faire et créer du lien entre eux. Passer de l’Etat-providence, omnipotent et impuissant, à une Société-providence, plus innovante.

Plutôt qu’une économie fondée sur le capitalisme de connivence entre l’Etat et quelques grands groupes, ouvrons les monopoles et les professions protégées à la concurrence, libérons nos entreprises de l’emprise de l’Etat, en particulier fiscale et normative, et favorisons la prise de risque et l’innovation.

Nous avons besoin de toutes les énergies, de tous les talents. Si vous souhaitez participer à cette conquête démocratique, rejoignez-nous.

Soyez vous aussi la France qui ose !

Pourquoi la soutenir alors qu’un candidat –  Frédéric Lefebvre – qui n’a certes pas encore rempli les conditions pour concourir à la primaire LR – soutient le revenu universel de libéraux (pas de tous, et pas de moi) et qui surtout va débattre avec le PLD dans quelques jours en mai de l’abolition du RSI, de la liberté d’affiliation ce qui ouvre une brèche irréversible au monopole de notre sécu communiste? J’attends de voir les proposition de Rama Yade là dessus mais de toute évidence Lefebvre s’attaque à des tabous gigantesques qui justifient amplement par la singularité de ses propositions sa présence dans un débat national!

Enfin le PLD souffre de deux maux : Le premier c’est qu’Aurélien Véron – son président fondateur – a le nez creux sur les sujets mais manque terriblement de charisme et de notoriété : Morandini sur Europe 1 lui oppose par exemple Raquel Garrido, la mélenchoniste pour le spectacle, comme quoi les médias savent fort bien qu’entre le communisme et le libéralisme il n’existe aucune alternative crédible*. Cette dernière peut être construite par une certaine forme de populisme ce qui a permis à un Nigel Farage de sortir de l’ombre en UK. Les conservateurs reprochaient à Thatcher d’être plutôt libérale que conservatrice, l’UKIP de Farage, malgré les précautions oratoires et le discours sur l’immigration conservateur, est plus libéral que les torries, ce que ne voudront jamais admettre l’aile gauche des libéraux français dégoûtés du socialisme français incapable d’opérer son Bad-Godesberg.  Les libéraux de gauche ont également du mal à reconnaître que Macron n’est qu’une voiture balai pour rabattre des centristes sur Hollande tant il est désormais haï par les paléo-communistes qu’on trouve dès l’aile gauche du PS. Pour justifier le fait avéré que le libéralisme n’est ni de gauche ni de droite, trop nombreux sont ceux qui oublient que cette philosophie juridique ne se limite nullement à une pensée économique, or justement la liberté politique nommée Démocratie implique que le peuple votant ait le dernier mot. En se torchant les fesses avec les résultats des dernières consultations référendaires – elles mêmes trop rares – la classe politique des partis dits de gouvernements donnent raison à des populistes tels Farage qui militent pour du libéralisme politique. L’autre écueil c’est évidemment le scrutin uninominal à deux tours qui forcent les partis dits de gouvernement à s’adresser préférentiellement à leurs extrêmes en vue du premier tour avant de centriser leurs discours en vue du second. Voilà qui entretient des différences factices entre les réformateurs des deux bords et placent les libéraux le cul entre deux chaises, incapables d’arbitrer quoi que ce soit.

 

J’attends de voir pour juger sur pièces les déclarations de Rama Yade et conclure sur la pertinence du choix du PLD. Ce que je redoute c’est qu’encore une fois, on établisse le constat terrible que pour adhérer aux idées libérales, il convient nettement mieux d’être confortablement assis dans son canapé en cuir du haut de ses jolis revenus et de son érudition bac+5 pour être capable de critiquer le traitement pour le moins spécieux de l’actualité par nos médias subventionnés. A quand une figure pour faire vibrer auprès des classes moyennes et des immigrés en mal de prébendes, arrosés par le clientélisme socialiste, de gauche ou de droite, que plus d’état n’est pas la solution mais le problème? Sérieusement, Rama peut-elle le faire? Elle a certes un parcours qui montre que l’intégration à la France est toujours possible mais certains noteront qu’elle a bénéficié de facilités tout au long de son parcours que la plupart ne profite pas. Aux régionales de 2015, le PLD avait (reçu ma voix) conclu un accord avec des listes citoyennes, plutôt apolitiques. En 2017 il fait le choix avant de connaître la liste définitive des candidats pour une politicienne pur sucre. Ce grand écart va à mon humble avis gravement nuire à la lisibilité des idées libérales pourtant sondages après sondages réclamées par le centre droit comme le centre gauche. Foutues institutions qui obligent les candidats de partis de gouvernement à parler avant le premier tour à leurs franges extrêmes…

 

* Réécoutez les discours du Général sur cette hypothétique 3ème voie : La France aux alentours de 1965 dépensait 35% du PIB en dépenses publiques, le niveau actuel de la Suisse considérée comme le pays le plus libéral d’Europe aujourd’hui… Contrairement à Sauvy, le général n’a pas vu venir les conséquences du baby-boom qui se transformerait un jour en papy-boom et n’a rien à réformé puisque la France ne connaissait aucun chômage et une croissance de près de 5%…

 

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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12 commentaires pour Rama y va. Un libéralisme populaire toujours sans voix

  1. effectivement, c’est incompréhensible qu’à un an de la présidentielle, le PLD choisisse de soutenir un candidat, surtout après la campagne des régionales. Attendons d’en voir plus. On ne peut qu’etre surpris en bien, meme si Rama Yade, peu connue pour avoir des convictions libérales, part avec un handicap.

    • Duff dit :

      Au delà de la personnalité de Rama Yade, ne pas attendre la liste définitive des candidats et de connaître les grandes lignes de leurs programmes, à 1 an de l’échéance ça me paraît plus que prématuré… Je me demande si le PLD va survivre, faute d’expansion, les militants rendent leurs cartes (m0i depuis 2 ou 3 ans) et vont voir ailleurs…

  2. François Carmignola dit :

    Tout à fait d’accord pour qualifier d’ultra libéral le régime gaulliste en comparaison du notre (dette publique, fonctionnaires, impôts). Raison de plus pour y revenir avec le seul libéral en position pour ce faire: François Fillon. Mais c’est vous qui voyez.

    • Duff dit :

      Je connais votre position mais le libéralisme punitif de Fillon ne soulève pas d’enthousiasme, si comme je le pressens le futur président n’aura qu’une base électorale de 25 à 30% des voix; il aura intérêt à soulever davantage d’enthousiasme…

      Le sérieux et la justesse de l’analyse de Fillon ne suffisent pas. Je voterai à la primaire et ça va se jouer entre Fillon/Le Maire voire Lefebvre qui propose carrément d’attaquer le monopole du RSI…

      cdlt

  3. François Carmignola dit :

    Fillon Punitif ? Dans ce cas, il vous faut le libéralisme serein de Juppé: le grand calme assuré. C’est entre eux que cela devrait se jouer et le débat est intéressant, les termes étant posés par Fillon lui même. Il nous faut tout de même éliminer Sarkozy d’ici là.

    Au sujet de Lemaire, j’avoue rire encore de la description que donne Sarkozy de la fameuse de la masturbation dans la baignoire que le sémillant littérateur nous servit dans son livre de souvenirs en directeur de cabinet de Villepin pendant la glorieuse réforme du CPE.

    • Duff dit :

      Oui punitif : prenez une réforme indispensable aux conséquences importantes, la retraite. Il dit 65 ans, abolition des régimes spéciaux. Je dis très bien s’il le fait économiquement ça va dégager des marges pour baisser les impôts mais je n’y crois pas une seule seconde! Vous croyez que les agents d’EDF et de la SNCF vont accepter la démocratie le lendemain de son élection? Pour faire bouger les choses, je ne vois pas comment chuinter la CFDT et ne pas introduire une retraite par points avec comme équité, à cotisations égales, retraite égale. Et puis ouvrir le préfond retraite des fonctionnaire à tous pour commencer à ouvrir la retraite par capitalisation… Je me trompe peut être mais Fillon n’abandonne pas la logique communiste de la répartition il me semble.

      Sur Le Maire vous êtes inutilement dur, sa proposition qu’un haut fonctionnaire démissionne pour se présenter à une élection est capitale.

  4. François Carmignola dit :

    Toute l’Europe est déjà au delà de 65 ans (sauf la Bulgarie)… De toutes façons c’est décidé dans le premier mois, personne n’y verra rien vu le reste des mesures (ISF, 35 heures). Après, ce que vous suggérez et qui est tout aussi inévitable, se négociera. La question des cents jours telle que l’aborde Fillon est passionnante: l’essentiel d’un seul coup, tout de suite. Après on voit.
    Que l’on puisse discuter ne serait que cinq minutes de ces trois sujets est tellement absurde qu’il n’y a que cette attitude qui vaille. En tout cas, c’est annoncé à l’avance. Le reste est parfaitement convaincant et cohérent, allez y voir, c’est public.

    Au sujet de Lemaire et de la punition, il va y avoir droit: il propose encore un CPE (un salaire sous le smic pour les jeunes), on ne se refait pas. Pour ce qui vous séduit tant, je ne comprends même pas de quoi il s’agit et c’est tellement secondaire, franchement.

    • Duff dit :

      Le fait que la France se singularise de manière négative, je vous le confirme… Fillon a raison de dire que pour que les 100 jours soient exploités à profit, il faut que tout soit prêt avant ça ne veut pas dire qu’il a déjà son stock de décrets déjà tout prêt. De ce point de vue là il doublé par Copé qui veut des ordonnances, c’est vrai au fond, c’est le moyen le plus rapide et si ces ordonnances ne portent que sur des sujets débattus durant la campagne présidentielles, il n’y a rien de scandaleux ou d’anti-démocratique. C’est moins évident au sujet de la loi travail qui arrive après 4 ans de mandat catastrophique…

      Le Maire propose peut être une vieille recette mais je crois que le collège unique est dans son collimateur, c’est ça le chômage des jeunes : des diplômes au rabais, insuffisance de l’apprentissage et coût trop élevé pour entrer dans le marché de l’emploi, le CPE ne traite pas tous ces aspects mais corrigerait une partie du problème!

      Secondaire la démission des fonctionnaires? Vraiment? C’est fondamental!!! C’est le cœur de la professionnalisation de la vie politique qui produit des politiciens de carrière qui ont une aversion pour le risque et qui se comportent ainsi quand ils prennent des décisions impactant l’économie. C’est essentiel, urgent et ça peut changer le paysage politique très vite!

      A vrai dire, faudrait que je développe dans un billet, l’urgence n’est pas économique de mon point de vue, les français aiment toujours le socialisme, elle est démocratique. Faut mettre fin à la professionnalisation de la politique, introduire de la démocratie directe, revenir au principe de subsidiarité dans la gestions des affaires communales/régionales/nationales… Cette vraie démocratie fait que le socialisme disparaîtra enfin comme en Suisse..

      • François Carmignola dit :

        C’est pour me faire plaisir que vous me parlez de Copé, sans doute: j’avoue ne plus le visualiser que dans la piscine de Takkiédine et sa tête hors de l’eau me surprend…

        L’essentiel du chômage des jeunes tient à l’apprentissage qu’il faut organiser comme le dit Fillon, à l’écart de l’éducation nationale: les régions et les entreprises, il n’y a que ça à faire. Evidemment que le CPE est une absurdité: après une période d’apprentissage dont le prix doit être baissé, l’emploi doit être le même pour tous !
        Je maintiens que la démission des fonctionnaires est sans intérêt et augmenterait d’ailleurs une corruption qui s’accentue (voir Macron par exemple: il alla directement chez un Banquier et y prépare son retour, soyez en sur).
        Le paysage politique sera changé d’abord et avant tout par la disparition la plus totale possible de tout ce qui ressemble à un élu de gauche ou apparenté. Cela se fera dans les urnes après avoir convaincu que, contrairement à ce que vous dites, les problèmes de la France sont dus à une mauvaise gestion de l’économie qui peut et doit se corriger.
        La France doit être mise au plein emploi à tout prix.
        Mettre l’accent sur la morale, les institutions, ou resservir des « idées » concoctées dans sa baignoire n’est pas convaincant.
        Vous remarquez l’analogie que je fais entre la piscine de Copé et la baignoire de Lemaire: tous pourris !

      • Duff dit :

        On a un léger différent mais sur la piscine, photo que j’ai publié sur ce blog à plusieurs reprises, je ne puis qu’être d’accord!

    • François Carmignola dit :

      Désolé mais la question des institutions n’est pas posée (à part par « nuit debout »). Nous avons autre chose à faire.

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