J-1 : Macron, la roue de secours face au pire

Je ne reviendrai (presque) pas sur le débat lamentable après tout le monde, tout a déjà été dit. Comme d’habitude, l’immense majorité des médias, favorables à Emmanuel Macron, l’a désigné comme éclatant vainqueur, ça n’a bien entendu aucune valeur. On peut juste noter qu’un borgne sort facilement vainqueur d’un débat face à une aveugle. Nous savions que les titres et le gros des articles étaient déjà prêts avant le débat. Prenons un peu de recul, nous votons dimanche pour élire le président et non pour la majorité pour conduire les affaires intérieures. Il me paraît opportun de rappeler quelques éléments de ce que je comprends de nos institutions dissipés sous un épais brouillard, notamment depuis la calamiteuse réforme du quinquennat. Ne confondons pas chef de gouvernement avec le garant des institutions bien que l’actuel ait pu intervenir pour polluer l’élection  en cours bien qu’ayant renoncé à s’y présenter (fait inédit il me semble).

Depuis au moins 1981, la tendance longue fut immuable, avec seulement quelques accidents très brefs temporellement. Toujours plus de dépenses sociales, toujours plus de chômage et de dette et toujours plus de contraintes réglementaires notamment sur le code du travail et des impôts. Dans le même temps l’autorité régalienne de l’état a reculé, pas une semaine sans échapper non sans effroi à des clichés de policiers molestés, brûlés voire tués. Fantastique terreau pour le populisme. Celui-ci présente deux faces : une très utile pour nous rappeler la trahison des élites des centre-villes connectées à la mondialisation qui évoluent dans une bulle de prospérité et l’autre, nettement moins reluisante, d’un discours outrancier et simplificateur visant à se nourrir des peurs, des jalousies de toutes les frustrations engendrées par une société bloquée à moins deux étages étanches. Or, même au sein de la zone € des pays s’accommodent fort bien de ces difficultés. Jamais personne n’a hélas pris le temps d’expliquer pourquoi. Si des pays scandinaves font mieux que nous en dépensant un % du PIB proche pour les dépenses publiques, personne n’a mentionné pourquoi cette dépense était à l’évidence plus efficace. Personne pour s’émouvoir et proposer quelque chose de sérieux quand des chômeurs de banlieues perçoivent des aides qui laissent penser qu’ils vivent mieux que des agriculteurs qui ne font ni 35h ni se se versent le SMIC pour vivre. Peu importe les chiffres, les raisonnements macro-économiques, c’est bel et bien la micro-économie, le terrible « ressenti » qui dicte les humeurs de ce vilain peuple qui se recroqueville sur une identité (réelle ou fantasmée) quand le bon sens (common decency?) abandonne les élites.

Nous élisons donc notre cher tyran pour 5 prochaines et longues années. La décorrélation entre le temps politique et le temps économique fait qu’aujourd’hui 5 années paraissent longues, c’est pourtant le minimum avant que des réformes aient indiscutablement des effets pour qu’on puisse en débattre. Madame Le Pen s’est présentée mercredi soir sous le mauvais visage du populisme : inutilement hargneuse, impréparée, ignorante sur des dossiers qu’elle avait elle-même choisi de mettre en exergue, incapable de défendre un projet inspiré d’une vision, incapable, surtout, de s’adresser aux indécis, à ceux qui n’avaient pas voté pour elle au premier tour (ni pour Macron). Cette nullité abyssale nous ramène aux vrais enjeux de ce second tour puis des législatives qui suivront. Oui l’UE dysfonctionne et encourage une bureaucratie locale s’ajoutant aux inclinations locales, si fortes en France naturellement. Oui l’€ est une stupidité monétaire qui se terminera dans une crise, crise qui ne se réglera pas d’avance par un référendum ou toute tentative démocratique factice. L’€ mourra dans une réunion secrète au terme d’un long week-end de tractation qui aboutira dans la nuit du dimanche à lundi à 4h du matin, quand d’épuisement, les dirigeants européens se seront vaguement mis d’accord sur les modalités : fermeture temporaire des banques, contrôles des changes et des capitaux, accord sur le règlement des dettes. Jamais la célèbre formule de Laurent Fabius, datant de 1984, n’aura résonné aussi fort : « Le FN pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses ». En 30 ans, le PS et une droite pleutre devant les réformes à conduire, pourtant connues et identifiées, se sont rendus complices de cette très résistible ascension.

Certains nigauds pensent que s’abstenir ou voter Le Pen dans le but, je cite, « d’affaiblir » le président Macron serait opportun. Dans un moment d’éructation populaire aforme qui a drainé plus de 50% des voix du premier tours sur des tarés pathologiques, dans un moment d’une grande faiblesse générale de la France, est-ce le moment de mal élire un maigre réformateur sous prétexte de bien lui signifier qu’il n’est qu’un choix par défaut? Même mes amis éduqués bac+5 et jeunes fortunés n’expliquent pas mieux leur choix qu’un chômeur picard, par un infâme gloubiboulga antimondialisation, dont la seule phrase compréhensible est un réquisitoire contre l’islam et l’immigration maghrébine. Quelle surprise, c’est évidemment le seul ferment rassembleur du FN. Si Madame Le Pen fait plus de 40% dimanche prochain, où est reléguée l’opposition libérale à la sociale-démocratie et à l’Europe normative qui devrait animer un centre-droit libéral? Aux oubliettes de l’histoire, avec cette idée devenue abscons qu’elle pourrait se nourrir de l’échec des démocrates-sociaux? Folie. Dimanche, l’étrange et surtout pernicieux projet à la fois souverainiste, socialiste et nationaliste de Mme Le Pen doit être battu le plus largement possible. M. Macron qui doit constater les résultats des législatives aura, je le souhaite, grand besoin d’une droite libérale centriste pour compléter un tableau de chasse vigilent. Acceptons le risque qu’il soit instable. Lui donner les coudées franches ce dimanche ne me paraît pas, vu le contexte de l’élection, un risque de nature à reconduire le hollandisme mou pourtant si rejeté. C’est aux législatives qu’il convient de faire comprendre au nouveau président de ne pas recycler les déchets de la majorité sortante.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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12 commentaires pour J-1 : Macron, la roue de secours face au pire

  1. zelectron dit :

    comme Cahuzac il ment comme il respire en vous regardant droit dans les yeux, sans vergogne.

  2. S’ abstenir n’ est pas forcément un calcul politique pour affaiblir l’ élu, ou alors, si tel est le cas, il affaiblit encore plus le non élu. Non, comme le dit fort justement Onfray parce que c’ est un droit au même titre que le droit de vote, je ne voterai pas demain parce que cette élection n’ a plus aucun intérêt, et parce qu’ elle a été biaisée en long en large et en travers. Qui plus est, même face à Le Pen, absolument rien ne m’ oblige à soutenir un candidat fantoche dont les mentors ont réussi leur hold up. Le nigaud c’ est vous.

    • floriska dit :

      Et ils vont faire la même chose avec les législatives. De l’enfumage, encore de l’enfumage et toujours de l’enfumage. C’est consternant.

    • Duff dit :

      Vous me lisez ou venez juste me spammer? Les nigauds sont ceux qui n’ont pas compris ce que signifie cette élection et que ce seront aux législatives que ce décidera la suite.

      • J’ ai bien compris que cette élection s’ est jouée en 1 tour, et que ce n’ est pas la une de Libé samedi dernier qui allait me dicter ma conduite, comme les médias le faisaient depuis des semaines. Les sondages d’ entre deux tours ont présenté des scores relativement….plus serrés de 6 points, comme par hasard. Cette élection n’ avait plus aucun intérêt. Bien entendu, les législatives donneront le ton, mais vous parlez de portes ouvertes là.

  3. François Carmignola dit :

    La conclusion est contradictoire et résume votre appréciation, complètement faussée, et incapable de prendre la mesure de la catastrophe: il n’est pas un hollande mou (il l’est), et il faut voter aux législatives pour des libéraux afin qu’il réforme (il ne veut donc pas réformer).
    Tout est là: vous vous permettez en plus de dénoncer les « fausses droites » qui, comme je vous l’avais rappelé, appellent en ce moment même à voter pour lui: vous en êtes.
    Car, comme beaucoup de « libéraux », attachés avec succès à un modèle économique qui est à votre avantage, vous souhaitez la stabilité et êtes prêt à pactiser avec le moins pire, très pragmatiquement. Cela est assez naturel, mais constitue précisément le point de vue que vous prétendez détester: celui des vieux pacifistes, satisfaits du moindre espoir.
    La période qui nous a séparé de la mort de Mitterand et de ses deux septennats fut caractérisé par la terreur sacrée de la droite de heurter le « social », en fait la terrible lassitude qui avait saisi la société française quand les idéaux qu’elle avait d’ailleurs inventé se sont effondrés. Tant qu’il y avait de l’argent et de la capacité d’emprunt, on se contenta d’arroser en espérant que ça repartirait. Mais les dommages sont maintenant trop grands. Fausse réforme plus crise mondiale nous ont mis à bas, et seule une rupture franche, la dernière à faire en Europe, tout l’occident l’a fait dans les vingt dernières années, peut nous faire repartir.
    L’élection de Macron entérine peuple et élites confondues, la volonté de NE PAS le faire. C’est la démocratie et vous vous y soumettez. Moi pas.
    J’avais pensé que le libéralisme conservateur alliance d’un libéralisme puissant explicite mais pragmatique, assis sur la bonne compréhension de l’autre problème de la société, la disparition de ses traditions, pouvait faire passer à la fois les deux pilules et réussir enfin. J’avais espéré pouvoir, à la française, rendre les choses agréables avec un bourgeois provincial un peu bourru. C’est fini.

    Il n’y a plus que la « démocratie » à l’européenne, haïssable et méprisante, on le voit déjà dans le macron leaks. Ce qui sort de tout cela est précisément le populisme destructeur, et pour lutter contre, il faut de l’honnêteté et du courage. Fillon n’a fait preuve ni l’un ni l’autre, mais je ne le savais pas…
    Somme nous vraiment finis ? Je ne le pense pas tout à fait, il y a pas mal de gens qui sont dans mon état et certains de qualité. L’important est de montrer que Macron n’est pas la solution, et pour cela je voterai Le Pen. Elle ne sera pas élue, justement, on ne pourra pas moi, m’accuser d’avoir une responsabilité dans la bêtise, la démagogie et la ruine.

    Je vous rappelle les intentions programmatiques de celui dont vous pensez qu’il va « réformer »:
    – économies (sans politiques explicites) contre « investissements » (gaspillages tout azimuts): négatif
    – prélèvements supplémentaires contre niches fiscales supplémentaires: négatif
    Sur les deux questions dette et chômage, dont les seules solutions sont réduction des dépenses publiques et de l’imposition, il a annoncé qu’il ne fera RIEN.
    Nous voilà donc conduit à subir la contrainte extérieure, elle va se manifester, à moins qu’on arrive à renverser cette gouape. Pour cela il faut combattre, et vous ne le faites pas, votre lâche soulagement teinté d’un lamentable espoir qui sera démenti m’attriste encore plus.

    • Duff dit :

      Long laïus inutile. Et vous le saviez.

      • François Carmignola dit :

        Le programme des cent jours est publié, il consiste à utiliser les ordonnances (et encore, c’est pas sur) pour compléter la loi El Khomery sur des points de détails. On peut effectivement noter qu’il y aura une tentative de plafonner les prud’hommes, mais cela ressemble tellement à un élément négociable que je n’y crois pas trop.
        On ne parlera pas des quelques gaspillages dont la reconduite des emplois aidés, ça avait marché, on institutionnalise donc les « investissements » financés comme il l’a dit par les bas taux d’intérêt.
        Une marque particulière de son inaction qui caractérisera je crois la méthode Macron: le bonneteau. CSG pour compenser une baisse des charges salariales et CICE transformé en baisse des charges. Effet nul garanti, mais maximum de déplacement d’air.
        Au passage, l’Etat et sa capacité d’emprunt infinie prend le relais bien sur dans plein de domaines: du libéralisme comme vous l’aimez.
        Au fait, Merkel qui est en train de dominer Schulz électoralement est ravie du bas score du FN: elle pousse donc Macron à réformer et ne donnera pas d’argent. Il ne se passera donc RIEN à part la hausse des taux à venir.

        Pour finir, bravo pour votre victoire, toute la presse se réjouit du score de Macron, historiquement haut, grand succés, etc etc. Il a les coudées franches pour réussir, euh je veux dire pour échouer, c’est pareil.

  4. zelectron dit :

    Macron n’est pas autre chose qu’un arriviste marxiste,
    Marine Le Pen n’a aucunes chances d’être élue
    donc je vote de façon « purement » politicienne [façon de parler] MLP pour que le petit (futur) dictateur n’ait pas trop de voix.
    Dans tous les cas ce seront comme dit tout le monde (désormais) les législatives qui feront la différence et là je voterais pour un modéré qui n’a jamais eu de mandat électif . .
    nb je sais parfaitement que Marine ne vaut pas la corde pour la pendre, mais Macron c’est 10 fois pire..

    • Duff dit :

      On verra. Je m’amuse de vos commentaires que je juge sectaires et trop sur le coup de l’émotion tant cette élection a été manifestement polluée par François Hollande se vengeant de ne pas pouvoir être candidat.

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