Fiscalité : le jeu de bonneteau continue

 

Certains économistes libéraux ont très tôt roulé pour Emmanuel Macron avant même l’officialisation de sa candidature. J’avais moi même salué la tonalité du fraîchement nommé ministre de l’économie lors de son premier passage chez Bourdin sur RMC : références à Schumpeter, discours entrepreneurial assumé, quelques bombes lâchées sur les paléo-socialistes du PS au sujet des 35h et de l’ISF. Mais hélas, on entend souvent ce que l’on a envie d’entendre. Je soupçonne Jean-Marc Daniel de parfois céder à ce pêché mignon.

Séduit lui aussi par les petites phrases du ministre comme au sujet de la jeunesse qui serait davantage « à la recherche de clients que de patrons« , Daniel a parfaitement su vendre à son niveau la flexi-sécurité sensée protéger l’individu et non plus l’emploi. Ajoutons une réforme systémique avec le système à points des retraites et le libéral de gauche saute au plafond en comparant les programmes économiques de Macron et du très comptable Fillon. Sauf que ce dernier avait osé balancer au moins 2 gros pavés dans la mare ce qui lui avait valu une baisse dans les sondages avant les révélations du Canard Enchaîné. Il s’était en effet mal défendu sur 2 réformes qui sont en vérité les clés de voûte de toute réformes ambitieuses du merveilleux modèle social français. Premièrement, le périmètre des actions de l’état – hors régalien – est trop large et trop peu compétitif. Il faut supprimer des poste de fonctionnaires, privatiser des services publiques (créés par des gouvernements historiquement hostiles au capitalisme comme avec l’exemple la SNCF, star de l’actu) pour bénéficier des vertus de la concurrence. Deuxièmement, il faudra se poser des questions sur notre protection sociale monopolistique qui a muté progressivement, à force de gouvernements socialistes (officiels ou dits de droite), d’une logique assurantielle à une logique de redistribution via des prestations sociales.

Après 6 mois d’exercice du pouvoir et un premier budget de voté, la place n’est plus au doute, ce que l’on voit émerger ne correspond pas vraiment à ce que l’on a voulu entendre. Emmanuel Macron est bien davantage un social démocrate qui tente désespéramment de prolonger ce qu’il avait pourtant appelé « le monde ancien« . Ce n’est qu’un vulgaire social-démocrate, bien mieux assumé qu’Hollande avant l’élection, possiblement, et je le déplore, mais rien de mieux. Le timing des réformes compte, la loi travail a terminé l’enterrement d’Hollande car en fin de mandat. Macron tricote sa flexi-sécurité sans toucher à « la cause réelle et sérieuse » ni aux seuils ni à la multiplicité des contrats précaires, sorte de contournements des rigidités du CDI accordés au Medef au cours du temps. Il grille des ministres sur les APL au lieu d’encourager la privatisation du parc HLM, de libérer le foncier etc. Il diffère les baisses de charges de la hausse de la CSG pour tenter de rester dans les (enfin quelques) clous du traité de Maastricht… Le résultat est évident, les ménages et les entreprises deviennent les plus taxés du monde alors qu’au même moment une réforme – certes nécessaire – vient restreindre la folie jalouse de l’ISF et de la taxation du capital. Jean-Luc M. n’en aurait jamais espéré tant.

Quelques bonnes réformes évoquées juste avant n’éteindront pas la colère latente des français : on les saigne sans jamais amorcer des réformes de réduction des dépenses sans casser la croissance, voire visant à l’amplifier avec un peu de décalage. En 2018, Macron devra corriger rapidement le tir, l’étonnante léthargie des français est presque angoissante, à quand le dégagisme fiscal s’interroge l’Opinion?. D’abord il le devra s’il veut des résultats en espérant ne pas croiser la route d’une crise pourtant très plausible compte tenu de la politique monétaire folle de la BCE. Mais surtout, Macron doit impérativement échapper à un écueil qui menacerait le pays : croire qu’il n’aura pas plus d’opposition, actuellement inaudible, en 2022 qu’aujourd’hui. Les oppositions ne se structurent pas en anticipant un avenir par définition inconnu, elles émergent par la violence du présent.

trump

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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5 commentaires pour Fiscalité : le jeu de bonneteau continue

  1. zelectron dit :

    [cf BCE] Ce cher Trichet avait finit par comprendre que l’€uro servirait entre autre à annihiler les effets des vrais-faux $ en en faisant autant., Ses successeurs suivent le mouvement y compris l’Allemagne qui a été longue à la détente.

  2. Jordi dit :

    Très, très bon article

    En tant que socdem talentueux, Macron est probablement « le meilleur d’entre eux » comme aimait à dire une certaine gauche en parlant de Juppé. Il reste « l’un d’eux ».

  3. « Après 6 mois d’exercice du pouvoir et un premier budget de voté, la place n’est plus au doute, ce que l’on voit émerger ne correspond pas vraiment à ce que l’on a voulu entendre. Emmanuel Macron est bien davantage un social démocrate qui tente désespéramment de prolonger ce qu’il avait pourtant appelé « le monde ancien« »

    Pardon de vous citer, mais on peut dater de ce jour votre revirement.
    L’attitude que vous finissez par dénoncer était elle imprévisible?
    Je crois bien que non…

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