Les mémoires (sélectives) de Jean-Marie Le Pen

Non je n’achèterai pas les mémoires de Jean-Marie Le Pen. Non que je doute de l’intérêt et/ou de la sincérité du récit mais je pense qu’il me serait trop chronophage de vérifier tel ou tel fait, tel contexte, telle idée. Bien qu’ayant compris pourquoi une certaine droite, soit attachée à l’Algérie française, soit critique sur tous les torts imputés au maréchal Pétain, le plus souvent les deux, ne pouvait que combattre politiquement le général De Gaulle. Mais la droite « lepéniste » demeure à mes yeux une abomination. Non que toutes ses idées soient abominables, fausses ou, dans le meilleur des cas, exagérées, les desseins de la vie politique de cet homme sont une suite d’escroqueries intellectuelles, voire financières ce qui est souvent lié.

A cause du gauchissement du FN opéré par la fille, on a vu fleurir des vidéos ces dernières années tentant de réhabiliter le fondateur du FN. Des petites phrases extraites des débats des années 80 où Le Pen voulait se présenter comme le « Reagan français« . A la bonne heure. S’affliger du programme étatiste de la fille pour en arriver à fermer les yeux sur la dimension protectionniste du poujadisme, il y a pourtant beaucoup de marge. Quant au refus de l’immigration parce qu’hélas le pessimisme de Le Pen donne à penser qu’il avait raison d’en redouter les conséquences, il n’a jamais été fondé sur la raison. Quid du constat d’un recul des libertés, de la volonté de l’état à assumer convenablement ses missions régaliennes et du maintien la méritocratie pour intégrer des individus? Son pessimisme s’est uniquement appuyé sur un rejet aussi primaire que xénophobe de cultures exogènes et sur la simpliste préférence à une homogénéité raciale, culturelle voire religieuse.

A bientôt 90 ans, Jean-Marie Le Pen s’exprime toujours avec la même verve, la même manière de railler un adversaire par le verbe et une volonté délibérée de laisser planer le doute. Dans ce court extrait, Zohra Bitan revient sur le détail de l’histoire que serait les chambres à gaz. Il est pourtant évident que la seconde guerre mondiale a étendu l’horreur dans des proportions encore jamais vues pour tuer l’ennemi mais aussi les civils ainsi que le détournement du savoir scientifique pour exterminer efficacement. Quand David Dickens précise la question pour forcer Le Pen à préciser sa pensée voire à s’abjurer pour lisser son image pour la postérité, il se débine encore. La liberté d’expression défendue ainsi devra attendre des défenseurs autrement plus rigoureux que des clowns fascisants pareils.

Par ses « dérapages » qui lui ont valu une ostracisation méritée – quoiqu’on pense des lois mémorielles ou restreignant la liberté d’expression – JMLP a fait perdre la droite et la France qui n’a jamais su combattre l’emprise du politiquement correct de gauche qui s’est abattu sur le pays avec Mitterrand. A quel moment glisser un bulletin FN dans l’urne n’a pas eu la conséquence inverse de l’effet escompté tandis que les socialistes s’alliaient tranquillement avec les communistes? Pourquoi dédouaner Pétain alors que le sort d’un pays vaincu et occupé militairement par son voisin ne peut que se traduire par une politique lâche attirant au pouvoir et à proximité des personnalités d’une grande bassesse morale? Pourquoi reprocher à De Gaulle de lâcher l’Algérie alors que c’était le point de départ cruel mais nécessaire pour éviter la submersion migratoire en provenance d’Afrique? Certes Chirac a refusé toute alliance par soumission mais c’est davantage le peuple français qui est coupable pour avoir perdu ses votes dans des prétendants aussi creux que ce dernier ou aussi inutilement provoquant que Le Pen.

Les principaux scrutins en France étant à deux tours, une union des droites reste hautement improbable. Les idées économiques de Marine Le Pen, même sans Philippot, interdisent toute orientation libérale qui rassurerait l’électorat bourgeois. Tant que Le Pen père continue à distiller ses phrases ambiguës dissimulant mal sa xénophobie et ses tentations liberticides, il restera un frein à tout établissement d’un bloc à peu près cohérent entre défense civilisationnelle et réforme du modèle social collectiviste français. Son seul mérite restera donc d’avoir fait jour l’incapacité de la droite française de faire émerger un corpus idéologique nourri de conservatisme sociétal contre le progressisme de la gauche ouvertement constructiviste ou de libéralisme économique s’opposant aux réflexes anti-capitalistes d’une prétendue élite incapable de réformer, de se réformer malgré ses échecs patents depuis plus de 30 ans. Mais voilà qui est beaucoup trop maigre pour exprimer de l’estime ou toute forme de reconnaissance, la droite n’avait pas besoin de Jean-Marie Le Pen pour démontrer qu’elle n’a pas su, osé, s’opposer au socialisme.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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