La démographie est la seule science sociale un peu sérieuse

L’idée que des grands hommes, des intellectuels brillants, des écrivains admirés puissent influer significativement sur les débats d’idée paraît certes séduisante mais je la range dans la longue liste des immuables vanités humaines. Au cours du tragique XXème siècle, parmi les plus éminents personnages dont la hauteur de vue puis les actions furent ensuite considérées à leur juste mesure, combien prirent le pouvoir à temps et menèrent une politique faisant dévier sensiblement le cours des choses?. En comparaison, les plus grands périls n’avaient-ils pas été annoncés, prédits par certains esprits injustement méprisés? En démocratie, la dynamique des idées politiques est si lente qu’on en oublie souvent pourquoi et que la tentation de l’autoritarisme resurgit à intervalles réguliers. Serait-ce quand le poids des erreurs passés se fait trop lourd et semble peser sur les épaules de générations qui ne s’en sentent pas responsables, démocratiquement impliquées?

 

On peut lire ça et des réfutations argumentées et solides contre les thèses d’Eric Zemmour mais il y a un bien un point intéressant qui structure la pensée du polémiste : l’importance qu’il accorde à la démographie. Avant l’avènement de la robotique, des dernières technologies qui remettent en perspectives les anciens rapports de force, la démographie a façonné les empires et les civilisations et donc la genèse et la diffusion des idées politiques aussi. Malgré internet et son petit espace de liberté dans l’univers aseptisé des grands médias moutonniers, la démographie continuera encore un bon moment à dicter le cours des événements. Le démographe Christophe Guilluy explique très bien la montée du populisme parmi les couches populaires, dans la France périphérique ou l’équivalent ailleurs dans tous les pays occidentaux.

 

 

Le constat est si évident et cliniquement froid que même un universitaire français, biberonné à la dépense publique, peut le faire sans voir le lien avec le tabassage fiscal opéré par un état qui distribue à tout-va sans même plus se préoccuper de ses missions régaliennes, celles qui pourtant justifiaient la levée de l’impôt. Contrairement à ce qu’il raconte, comme tous les idéologues dits de droite mais qui crient à l’ultralibéralisme ambiant tandis que la France s’enfonce dangereusement dans le socialisme qui coule l’occident à des degrés divers, les « gagnants de la mondialisation » dans les grandes villes mondialisées, cosmopolites, n’existent pas. Ce ne sont que de moindres perdants. Personne n’a à gagner d’un système qui redistribue autant sans considération de mérite, de récompense d’un risque, sans prévoyance. Sauf quelques uns, des parasites plus ou moins sophistiqués. D’abord le fonctionnaire produit de la magie clientéliste du socialisme et de sa bureaucratie inhérente, ensuite le capitaliste de connivence qui fait fortune avec ses affaires plus ou moins branchées sur celles d’un état se mêlant trop du secteur économique. Le tout orchestré par le haut fonctionnaire qui fait de la politique en mode ceinture plus bretelle avec des émoluments et des retraites sans rapport avec ceux d’un entrepreneur même ayant réussi.

 

Les politiciens professionnels incapables de prendre des risques ni de comprendre l’importance de rétribuer la prise de risque font semblant de comprendre les messages électoraux. Ils se sont torchés les fesses avec le 21 avril 2002 tout comme avec le référendum de 2005. Il est désormais trop tard à mon avis. Le français moyen a presque 40 ans. Celui qui vote est proche de la retraite et a vu plusieurs élections présidentielles. Giulluy souligne que les fonctionnaires et les retraités ont voté Macron et qu’il aurait tort de toucher à leurs privilèges/protections. Donc Macron est mort car ce sont les baby-boomers qui nous plantent avec l’alliance mortelle de la démograhie et de la retraite par répartition. On estime qu’ils ont cotisé environ 40% de l’enveloppe nécessaire. Ces pensions coûtent déjà 18% du PIB, chiffre anormalement élevé même à côté de pays plus vieillissants encore comme l’Allemagne ou l’Italie. Or les petites retraites, ça existe. Le système français en plus d’être ruineux est en plus injuste…

 

Les beaux et grands discours de brillants et visionnaires orateurs n’y changeront rien. La crise migratoire, le progressisme du politiquement correct virant au délire face à ses échecs cinglants ainsi que la cavalerie financière pour refourguer les dettes des baby boomers sur les générations suivantes vont encourager le raidissement des populations occidentales face à leurs élites défaillantes. Avec Macron, la France des élites a même cru rejouer la carte de la singularité hexagonale lorsqu’en 1981 Mitterrand et un socialisme suranné (et aussitôt moribond) nargait les Thatcher et Reagan. Comme par le passé, cette parenthèse de décalage sera vite balayée par la démographie et toute la dynamique économique et politique qu’elle véhicule. Les allemands ne paieront pas, l’€ est mort et chacun prépare son sa mise en bière en niant officiellement. La jeunesse africaine ne prolongera pas la vie de la civilisation européenne, elle en apportera une nouvelle si on laisse faire, l’UE est donc probablement condamnée aussi.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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3 commentaires pour La démographie est la seule science sociale un peu sérieuse

  1. zelectron dit :

    La démographie est la seule science sociale que nos gouvernements successifs bafouent exactement explicitement.

    • Duff dit :

      Non ils n’en sont que le produits, les commis. C’est le contraire, vous n’avez pas compris mon texte…

      La génération des baby boomers ont coulé l’occident en mode « après moi le déluge ». Que leurs derniers repréentants nous les brisent avec le réchauffement ou je ne sais quoi qui justifie des lois liberticides et du communisme c’est le sommet du cynisme. Tant qu’ils n’auront pas tous crevé on continuera à payer leurs conneries. Ils étaient plus nombreux, ils ont voulu remettre le couvert en 88 ils ont tout bloqué ou laissé bloqué en 95 etc. Leur prise de pouvoir et leur façon de ne plus le lâcher ne tient en rien au hasard : la puissance démographique.

      • zelectron dit :

        stats rattachées à la démographie de près ou de loin et politiquement du camp du bien en portions congrues ou inexistantes: religieuses, ethniques, nationalités y compris au 4ème degré, politiques, de taille, de poids, médicales/santé/mortalité et que sais-je encore . . .

        En aparté votre poulet est excellent, j’en ai pris une copie précédemment (14h15mn). . .

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