Algérie, Gilets jaunes, Macron : la tyrannie de la démocratie

Une de mes citations préférées prêtée à Sir Winston Churchill est « La démocratie est le pire des système à l’exception de tous les autres« . La démocratie reste une forme de tyrannie comme les autres et le fait que cette tyrannie trouve sa légitimation dans une courte majorité dans des consultations régulières ne la prémunit pas contre le despotisme d’une poignée de gens qui s’exerce sur une large majorité. Lorsque l’éphémère premier ministre du non moins oubliable François Hollande, alors chargé d’augmenter fortement les impôts, Jean-Marc Ayrault, explique doctement à la télévision que seuls les 10% les plus riches seraient concernés, bien peu de monde n’a hélas protesté. Les économistes libéraux ont sorti leurs calculettes et des discours savants pour tenter de montrer que cette annonce était trompeuse et qu’il était plus que probable que les classes moyennes allaient fortement contribuer contrairement à la promesse politicienne. Voilà concrètement un symptôme du glissement de la démocratie vers la tyrannie : lorsque le débat d’idée est mal posé, que les « intellectuels » répondent à côté, se perdent dans des concepts lointains. Si vous êtes libéral alors vous ne devriez avoir aucune difficulté à remplacer l’expression « 10% les plus riches » par « noir » ou « juif » et mesurer l’écart de perception de la lumineuse proposition politique de M. Ayrault.

Cette semaine le pouvoir algérien, conscient de l’impossibilité de mener une campagne électorale afin d’entretenir l’illusion démocratique avec un représentant à l’article de la mort, tente une manœuvre pour repousser la tenue des élections en espérant prolonger le délai jusqu’au décès de leur marionnette. Les médias français se sont immédiatement esclaffés à l’annonce de la non candidature du président marionnette en annonçant avec espoir qu’une transition vers une « vraie démocratie » se dessinait enfin. Un algérien se permit même de rappeler à un énième crétin ayant osé revêtir un gilet jaune à quel point il avait de la chance de vivre en démocratie et à quel point sa démarche relevait du caprice d’occidental gâté. On le voit, selon le point de vue, on peut porter un jugement radicalement opposé à une situation quand on ne prend pas le recul nécessaire pour analyser des situations très différentes. L’Algérie est un cas extrême, sorti du passé et incapable de se renouveler. L’illusion démocratique est si grossière qu’il faut le passé colonial et la lourdeur du politiquement correct pour empêcher les journalistes français d’appeler un chat un chat. Il n’y a rien à se réjouir de la situation actuelle puisque dans les faits, le report des élections (mêmes soupçonnables à l’avance de subir des manipulations) signifie concrètement la suppression pure et simple de la démocratie même à l’état d’illusion. La revendication de référendum d’initiative populaire ou citoyenne, appelons-la RIC, est tout à fait recevable et l’hostilité de la technocratie politique avec le concours de la caste médiatique emprisonnée par le politiquement correct et les subventions étatiques mettent en lumière les craintes du système à l’idée de se voir imposer un autre agenda, d’autres directions… Cette revendication cache mal l’essentiel qui permet au RIC de fonctionner en complément des institutions comme en Suisse. En France c’est la démocratie représentative qui en crise conjuguée à la violation de la subsidiarité qui pousse à l’irresponsabilité et donc à la fin du processus à l’excessive dépense publique du mille-feuille territorial. Un régime mixte entre présidentialisme et parlementarisme qui a dérivé faute de contrôles démocratique, de contre-pouvoirs politiques et journalistiques.

La démocratie reste un modèle instable dont la vertu repose sur la capacité à régulièrement chasser les mauvais et re-légitimer les bons. Hélas les lutes pour le pouvoir poussent les moins scrupuleux à vouloir changer les règles, conclure des accord tacites scandaleux et pervertir la justice ainsi que tout ce que l’influence accordée par la dépense publique offre : système éducatif, enseignement supérieur, médias en laisse, tout ce qui peut orienter l’opinion. Il n’existe pas de barrière qui permet de dire si nous vivons en démocratie ou non, nous pouvons au cours du temps et dans le monde constater des continuums entre tyrannie obscène ou vaguement maîtrisée où le curseur se déplace selon les humeurs du temps et la lâcheté des hommes de pouvoir. En construisant une fausse opposition populiste fascisante, en ne touchant en rien à la mécanique qui a pourtant manifestement ralenti la prospérité économique ou intellectuelle, Macron et ses amis technocrates tripotent à leur tour le curseur pour le déplacer comme leurs prédécesseurs vers la tyrannie obscène.

« Les peuples démocratiques qui ont introduit la liberté dans la sphère politique, en même temps qu’ils accroissaient le despotisme dans la sphère administrative, ont été conduits à des singularités bien étranges. Faut-il mener les petites affaires où le simple bon sens peut suffire, ils estiment que les citoyens en sont incapables; s’agit-il du gouvernement de tout l’Etat, ils confient à ces citoyens d’ immenses prérogatives; ils en font alternativement les jouets du souverain et ses maîtres, plus que des rois et moins que des hommes. Après avoir épuisé tous les différents systèmes d’élection, sans en trouver un qui leur convienne, ils s’étonnent et cherchent encore; comme si le mal qu’ils remarquent ne tenait pas à la constitution du pays bien plus qu’à celle du corps électoral

Il est, en effet, difficile de concevoir comment des hommes qui ont entièrement renoncé à l’habitude de se diriger eux-mêmes pourraient réussir à bien choisir ceux qui doivent les conduire; et l’on ne fera point croire qu’un gouvernement libéral, énergique et sage, puisse jamais sortir des suffrages d’un peuple de serviteurs. »

Alexis de Tocqueville, De La Démocratie en Amérique, 1835.

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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Un commentaire pour Algérie, Gilets jaunes, Macron : la tyrannie de la démocratie

  1. zelectron dit :

    Une démocratie sans contrôle est un leurre !

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