Capitalisme, nationalisation et temps : la sociale-démocratie (nous) tue

Emmanuel Macron a employé lui-même l’expression terrible « nous sommes en guerre« . En temps de guerre, de nombreux repères s’écroulent, le rôle de l’état change aussi inévitablement. Je ne suis que très peu les débats télévisés ces derniers temps pour une raison évidente : en temps de crise chacun campe fermement sur ses positions. Ecoutez comme Laurent Joffrin désigne immédiatement le libéralisme comme étant le principal responsable de la crise et que la situation exigerait une refonte de nos modes de production/consommation et le je ne sais quoi encore que les communistes s’amusent à nous vendre perpétuellement. Tous les prétextes sont bons me direz-vous, la crise actuelle en fournit un exceptionnel.

 

Inutile de passer trop de temps à démonter le discours de l’autre idiot ni la naïveté patinée de socialisme de la souverainiste, ils sont trop prévisibles. Les pays européens qui font attention à l’utilisation des deniers publiques ont comme par hasard démontré qu’ils pouvaient avoir aussi un système de santé plus efficace que la généreuse France. Enfin c’est le capitalisme qui en créant des richesses et des recettes fiscales fait vivre les deux patrons de presse, faute de lecteurs. Et c’est toujours une économie prospère qui paie les dépenses de santé… Passons. Gardons à l’esprit qu’un pays en développement ne pourra jamais se payer mieux qu’une médecine de pays pauvre et que la bureaucratie hexagonale ou transalpine assurent à des pays riches une médecine de pays pauvre.

Madelin, lui, nous parle d’un exemple qui lui tient à coeur, le cas de l’épidémie de peste et de la quarantaine de la ville ordonnée par l’impitoyable souverain. Ce cas avait été traité dans sa conférence sur l’état. Je ne vais pas non plus rentrer dans la guerre idéologique sévissant entre chapelles libérales. Notons deux points fondamentaux:

  1. Seul un état assumant ses missions régaliennes et le monopole de la violence peut prendre des décisions terribles humainement mais dont le bénéfice collectif est supérieur aux sacrifices individuels. Cette crise sanitaire me permet de me rappeler pourquoi je suis un libéral classique bien que sensible à la critique libertarienne la plus radicale. L’état est un mal nécessaire. Son pouvoir doit donc rester borné et contrôlé.
  2. L’état est incapable de produire comme le marché. Mais dès qu’il s’emballe c’est un arbitre qui change les règles en permanence rendant les activités humaines toujours plus compliquées. Les polémiques sur les pénuries (et les fausses solutions étatiques) sont là pour nous rappeler que les initiatives privées sont infiniment plus efficaces que tous les Macron, Philippe, Le Maire et autres brillants énarques réunis, personnes à la pensée trop complexe pour les crétins que nous sommes.

 

En temps de guerre, l’état modifie un paramètre essentiel du capitalisme. Le temps… Toutes les initiative visant le profit perdent la maîtrise de ce paramètre. Comme dirait Nassim Taleb, « Jouer sa peau » implique un comportement radicalement différent que lorsque le risque est (ou semble) mesuré, pricé, encadré tout au moins. La survie c’est quand il faut aller au plus vite, le prix n’important plus, et, comme on le voit dans cette crise, des solutions coûteuses au départ nous auraient peut être épargné des pertes colossales ensuite. Des dogmes néolibéraux (ou socdems à la Macron, c’est la même chose dans mon esprit, du faux libéralisme qui abandonne les principes de responsabilité et de souveraineté populaire pour contrôler l’état) devaient être abattus, inutile d’imaginer Macron oser la moindre transgression. Récapitulons ce qui sera en procès sous peu:

  • Fin janvier l’OMS finit par déclencher l’alerte. Nouveau virus transmissible à l’homme ressemblant à une grippe. On a un test mais ni traitement ni vaccin, c’est mortel mais on ne sait pas dans quelle mesure exactement, pas plus d’info non plus sur la contagiosité. La Chine organise une quarantaine très stricte comme du temps des pestes arrivant dans les ports, monte un hôpital de fortune pour gérer l’afflux de malades qui va saturer les infrastructures existentes.
  • Suite à l’épidémie de SRAS les pays voisins prennent des mesures d’éloignement social, testent, prennent la température, surveillent les aéroports et placent en quarantaine les individus suspects. Jusqu’à mars, l’Europe ne fait rien, l’Italie met en place quelques mesurettes dans ses aéroports (trop tard) et l’espace Schengen reste ouvert bien que les importantes vagues migratoires de l’été 2015 avaient déjà montré toute les faiblesses.
  • A une semaine du premier tour des très dispensables municipales, Macron va au théâtre et exhorte les français à ne rien changer de leurs habitudes. Apparemment les moins idiots, ceux qui probablement ne goûtent déjà pas beaucoup aux vertus des spectacles français largement gavés de subventions, commençaient à bouder les zones de rassemblement…

Il aura fallu attendre début mai pour voir arriver les masques et un déconfinement très partiel après 2 mois qui vont torpiller l’économie, la santé par conséquant aussi. Sans parler des soins reportés, de la prévention mise en parenthèses etc. Cette crise des masques va rester comme la preuve évidente de l’incapacité du gouvernement à mener à bien les différentes étapes qu’on attendait de lui : la prévoyance a été nulle, la prudence inexistante, le bon sens aux abonnés absents, la réactivité d’une pitrerie bureaucratique.

Comme d’habitude, pire encore je crois cette fois-ci, les canaux officiels d’information ont sacrément minimisé l’incurie gouvernementale. En plus de l’incompétence qui se caractérisait par des décisions évidentes prises très en retard, voire pas du tout, (fermeture des frontières, contrôle strict du trafic aérien comme premier geste barrière) les discours et actes contradictoires ont démontré qu’en plus, ils se sont foutu ouvertement de nos gueules. Les masques ne servaient à rien tant qu’il n’y en avait pas et « vous ne savez pas les enfiler de toute façon« . Il faudra un masque obligatoirement lors du déconfinement maintenant qu’on en a reçu. Bruno Le Maire vient maintenant au secours d’une économie qu’il a dévasté avec des milliards qu’il n’a pas. Comme l’ont pressenti tous ceux qui avaient voté pour lui en 2014 mais pas à la primaire, il est rapidemment passé d’un libéralisme mou à un socialisme enragé. Et pourquoi n’ont-ils jamais songé à directement produire les masques plutôt? Ce n’est pas une violation du point 2) plus haut. L’urgence n’ayant plus de prix et les entreprises privées étant éternellement vues comme des profiteuses de guerre, la question mériterait d’être posée. Idem pour le gel hydroalcoolique que notre brillant ministre a largement contribué à rendre introuvable en encadrant les prix. Socialisme quand il ne faut pas, faux libéralisme à contre-temps, aucun souverainisme pour le régalien ni pour la santé, un vrai néolibéral/social démocrate.

Malgré l’absence de réforme structurelle qui permettrait à l’état de se concentrer sur le régalien, remonter l’efficacité de ses strates administratives qui ont bien failli provoquer une catastrophe sanitaire majeure, Macron a mis les communistes de ce pays dans la rue pour rien. Pire, beaucoup de français sont convaincus que ses réformes sont libérales comme la suppression de l’ISF avec un résultat consternant. En 2022 le chômage sera probablement plus haut qu’après le passage lamentable d’Hollande, la dette aussi. La gestion des crises sociales et sanitaires ont révélé la nocivité de la pensée des élites, elle est bel et bien mortelle. Imaginez qu’avant 2022, nous soyons en plus frappés par une série d’attentats pour couronner le tout?

A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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3 commentaires pour Capitalisme, nationalisation et temps : la sociale-démocratie (nous) tue

  1. CYRIL VAILLY dit :

    Merci pour cette intéressante analyse. En particulier pour le raccourci prévoyance, prudence, bons sens, réactivité. Et bien d’accord, les Français vont encore moins comprendre ce que peut être et apporter le libéralisme.
    Cordialement.

    • Duff dit :

      Plus de 50% du PIB en prélèvements obligatoires pour un résultat pareil… Et personne ne bouge, même les banlieues n’ont finalement pas trop bougé contre le confinement.

      Je doute que le crime reste impayé dans les urnes.

      Mon message c’est surtout que la sociale-démocratie ou néolibéralisme c’est une escroquerie de plus des élites en perdition. Il va falloir crever l’abcès.

      cdlt

  2. zelectron dit :

    Ou plutôt la socialo-démocratie (oxymore!) pour cacher par des mots abusifs un marxisme qui sourd . . .

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