La crise de régime se rapproche à grands pas

La crise sanitaire a déjà commencé à provoquer des faillites en cascades mais malheureusement le pire semble encore devant nous. La réponse du gouvernement a bien entendu consisté en une distribution sans limite d’argent gratuit. Macron a donc « débloqué » à plusieurs reprises, tous les jours depuis le printemps, ce fameux chèque bloqué qui traîne dans les caisses de l’état. La dette et des business défaillants seront donc les cicatrices très profondes du « new normal« . La faute à pas de chance, le cygne noir qu’on n’avait pas prévu, le COVID-19 sert déjà d’excuse au concours Lépine de politiques qui vont échouer très vite. L’épidémie n’est pas responsable du bordel préexistant, elle est juste un nouveau catalyseur qui accélère la décomposition politique, notamment française. Au point de provoquer des basculements très bientôt?

On ajoute de la dette pour gagner du temps. Rien de neuf, me direz-vous. Certes. Mais l’empressement à créer des eurobonds cet été avant même que la sortie de crise ne se profile trahit l’inquiétude des eurocrates. Qu’une solidarité à l’échelle du continent où le virus a circulé se mette en place peut se comprendre, une solidarité financière alors que les systèmes de santé se sont comportés bien différemment, c’est déjà plus douteux. Mutualiser de la dette pour dépenser de l’argent dans d’autres secteurs que la santé, il dit qu’il ne voit plus du tout le rapport… Et c’est pourtant ce que l’UE va autoriser. Autrement dit, après avoir exacerbé les divergences structurelles entre les états et souligné l’effrayante bureaucraties françaises et italiennes, la crise du COVID-19 va déboucher sur une aggravation des tares congénitales de l’euro. Nous avions déjà des faux prix par blocage des taux de change sans mécanisme d’ajustement en cas de crise dissymétrique (ça y ressemble fortement, l’Europe du nord ayant vu son PIB moins plonger) et maintenant nous voilà avec des faux prix, sur le prix du temps et de la rémunération du risque avec les eurobonds. L’€ est désormais totalement prisonnier du surrendettement français et italien… Les conséquences politiques finiront bien par se matérialiser. Quand on chasse le risque et que ce ne sont plus les acteurs spécialisés et avertis qui l’assument, il se concrétise ailleurs et ça en rendra furieux plus d’un lorsque ce génial stratagème socialiste s’écroulera.

La crise des Gilets Jaunes avait révélé un point spectaculaire : une grogne sociale très forte alors que le pays était en sommet du cycle. Quand Hollande affirmait « ça va mieux« , il avait techniquement raison mais personne ne le croyait. La crise que nous traversons n’est donc pas seulement économique, c’est une crise de régime et ce n’est pas l’introduction de quelques % de proportionnelle aux législatives qui vont la résoudre. Et encore moins des conventions citoyennes avec des gugus soit-disant tirés au sort qui, par le plus grand des hasards, encadrés cornaqués par des militants politisés nous récitent le programme de la France Insoumise ou d’EELV. Non seulement c’est une manière d’achever la démocratie représentative (gravement malade, d’où l’appel à de la démocratie directe des GJ) mais aussi on peut aussi y voir le reflet de la maladie frappant les corps constitués. Les GJ se sont servis des platerformes d’intermédiation libres de toute dépendance à ces corps pour une bonne raison : ceux-ci ne sont plus le réceptacles des doléances des français mais de subventions d’argent publique pour imposer leur calendrier sans légitimité démocratique.

Les institutions de la Vème République, avant même la détérioration des réformes constitutionnelles récentes (le quinquennat par exemple) sont vérolées depuis le départ. Je me demande même si on peut considérer qu’un seul monarque républicain ait pu être réélu sur son bilan. Mitterrand et Chirac ont été réélus à la suite de cohabitations meurtrières, au moins pour le débat intellectuel. Tous les autres ont été battus ou sont morts en cours de route, physiquement (Pompidou) ou politiquement (Hollande). Reste le cas de Charles de Gaulle qui rêvait de son plébiscite romain. L’élection de 1965 étant, je crois, la première au suffrage universel direct. Rappelons qu’il lui fallut un second tour contre l’Intriguant, pur arriviste du passé récent, le plus ancien étant douteux. Comme le rappelle Philippe Fabry dans la vidéo ci-dessous, l’équilibre entre régime présidentiel et parlementaire était une escroquerie, elle est de toute façon rompue, le président qui tente péniblement de se cacher derrière un premier ministre est certain d’échouer. Macron a pris Edouard Philippe dans ses filets pour disloquer LR, calcul inutile, LREM aurait eu la majorité à l’assemblée. Même Bayrou et son Modem, son allié de circonstance à l’importance exagérée par les médias, eut droit de constituer un groupe. Philippe n’était pas le chef de la majorité en entrant à Matignon mais en commençant à devenir le chef d’une majorité pas toujours sur la ligne du président, il fut remercié et remplacé par un parfait inconnu à la dégaine ridicule.

Par ses récentes initiatives qui finissent d’achever ce qu’il reste de démocratie représentative, Castex qui tombé du ciel, députés godillots, assemblée de citoyens triturés au hasard, Macron pourrait bien provoquer l’effondrement de la Vème République. Au fond, celle-ci nous faisait rejouer la Révolution à l’envers. On commençait par le sacre de l’Empereur qui se muait en monarque républicain. Puis les ennuis arrivaient. Comme toujours la bureaucratie et l’absence de délégation, de responsabilités et de démocratie au plus près du terrain empêchent l’exécution des ordres, rarement pertinents en plus. Puis le doute s’installe, le souverain hésite, change souvent de cap, n’a plus aucun résultat et s’enferme dans une communication au mieux lointaine au pire irritante. Enfin, tous les 5 ans désormais, son sort est de monter sur l’échafaud. Avec tous les ennuis qui s’empilent à la gravité jamais vue depuis 1945, dans un contexte mondial de plus en plus lourd, combien de Louis XVI avons-nous encore le luxe de nous offir?

A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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6 commentaires pour La crise de régime se rapproche à grands pas

  1. H. dit :

    Bonsoir,

    Biller extrêmement pertinent. J’éprouve une grande sympathie pour ce pauvre Louis XVI, victime bien plus que coupable. En relisant récemment quelques Nicolas le Foch, je vois une grande similitude entre la période Louis XV-Louis XVI et la nôtre. Une très grosse différence entre les deux cependant. Les souverains aimaient et défendaient leur pays, nos dirigeants non. On dirait même qu’ils prennent un malin plaisir à la décomposer doucement mais sûrement. Quant à la démocratie dite représentative, il va lui falloir se réinventer surtout lorsqu’on voit ce qui se passe aux USA. Du vainqueur de la confrontation américaine dépendront beaucoup de chose. Que Trump gagne (il peut encore le faire) et un sérieux coup d’arrêt sera donné aux forces malsaines qui s’attaquent aux corps des nations. Que Biden l’emporte et ces mêmes forces malsaines se verront attribuer un blanc-seing pour leurs actions et là, tout est hélas possible. Dans quelques jours, nous saurons.

    Bonne soirée et très bon Noël.

    • Duff dit :

      Je ne suis pas royaliste mais comme Taleb le rappelle dans son bouquin « Jouer sa peau », les nobles étaient obligés « Noblesse oblige » : ils ont perdu le sens des responsabilités lorsqu’ils ont envoyé d’autres gens à la guerre qu’eux mêmes prendre des risques physiques. C’était pourtant le contrat vis à vis des vassaux/sujets. Néanmoins le souverain a comme intérêt personnel la prospérité de son royaume et de ses sujets, en effet les monarques républicains ne visent plus que leur réélection et les renvois d’ascenseur.

      C’est un point que je n’ai pas développé mais manifestement, ils renoncent à réformer car ils sont convaincus que la réélection est impossible et que le temps nécessaire pour qu’une politique de redressement prenne effet est désormais incompatible avec le temps politique. Dès lors, l’issue est inévitable, une crise de régime.

      Bonnes fêtes également, merci.

  2. CYRIL VAILLY dit :

    Bonsoir Duf et heureux de vous retrouver. Je pensais écrire en commentaire que vous sembliez bien dur avec nos rois en regardant ce joli portrait. Mais je vois que H. que je lis régulièrement sur le blog de Maxime Tandonnet a parfaitement résumé mon propos.
    Alors Joyeux Noël à vous deux..

    • Duff dit :

      Pour vous répondre ainsi qu’à H. je ne me moquais nullement de Louis XVI. On peut simplement rappeler que ses atermoiements (Turgot/Necker entre autres) lui ont été probablement fatals. Reste que c’est lui à qui on a coupé la tête alors que ça faisait longtemps que le pouvoir lui avait échappé : c’était seulement symbolique et non utile en soi. Il est donc particulièrement pitoyable de voir d’anciens présidents battus tenter péniblement un come-back mais ça Maxime Tandonnet ne pourra pas l’admettre… 🙂

      • CYRIL VAILLY dit :

        Bonjour,
        J’avais bien compris que vous étiez au second degré, et que vous êtes assez subtil pour ne pas tomber dans ce piège.
        Tout à fait d’accord, Louis XVI a fait preuve de faiblesse. On retrouve d’ailleurs là une constante dans la monarchie française,. La volonté de la haute noblesse d’atténuer le pouvoir royal (on peut penser à Louis XI, et bien évidemment aux guerres de religion, le postestantisme étant porté au départ essentiellement pas cette noblesse). Pour revenir à la Révolution, on peut aussi rappeler qu’un phénomène a joué un rôle important. Après des années difficiles (mini glaciation sous Louis XIV qui fit d’ailleurs fondre sa vaisselle pour venir en aide aux pauvres, lui qui fit construire les Invalides), les hivers précédant 1789 provoquèrent d’énormes difficultés pour l’agriculture. D’ailleurs toute personne objective sait bien que ce n’est pas le petit peuple qui a poussé à cela. Ce même petit peuple qui servit ensuite de chair à canon pour les guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Il est vrai que la manipulation des masses n’est pas nouvelle.

      • Duff dit :

        @Cyril ce qui frappe le plus c’est que l’intégrité du royaume de France a très souvent été contestée et a nécessité de gros efforts à chaque souverain. C’est assez tardivement, après les guerres de religion que les choses se sont enfin tassées et qu’on voit les frontières se stabiliser. Depuis les Carolingiens c’était en mouvement perpétuel. Voilà un trait caractéristique de la nation française, j’aime à croire que les forces centrifuges, mêmes puissantes, ne gagnent pas à la fin. En revanche, un souverain qui tarde à réformer et à faire respecter le droit qui encadre la force, il prend le risque de voir se soulever des forces incontrôlables. C’est un grand classique auquel la France n’a pas échappé sans rien inventer.

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