J-1 : Macron, la roue de secours face au pire

Je ne reviendrai (presque) pas sur le débat lamentable après tout le monde, tout a déjà été dit. Comme d’habitude, l’immense majorité des médias, favorables à Emmanuel Macron, l’a désigné comme éclatant vainqueur, ça n’a bien entendu aucune valeur. On peut juste noter qu’un borgne sort facilement vainqueur d’un débat face à une aveugle. Nous savions que les titres et le gros des articles étaient déjà prêts avant le débat. Prenons un peu de recul, nous votons dimanche pour élire le président et non pour la majorité pour conduire les affaires intérieures. Il me paraît opportun de rappeler quelques éléments de ce que je comprends de nos institutions dissipés sous un épais brouillard, notamment depuis la calamiteuse réforme du quinquennat. Ne confondons pas chef de gouvernement avec le garant des institutions bien que l’actuel ait pu intervenir pour polluer l’élection  en cours bien qu’ayant renoncé à s’y présenter (fait inédit il me semble).

Depuis au moins 1981, la tendance longue fut immuable, avec seulement quelques accidents très brefs temporellement. Toujours plus de dépenses sociales, toujours plus de chômage et de dette et toujours plus de contraintes réglementaires notamment sur le code du travail et des impôts. Dans le même temps l’autorité régalienne de l’état a reculé, pas une semaine sans échapper non sans effroi à des clichés de policiers molestés, brûlés voire tués. Fantastique terreau pour le populisme. Celui-ci présente deux faces : une très utile pour nous rappeler la trahison des élites des centre-villes connectées à la mondialisation qui évoluent dans une bulle de prospérité et l’autre, nettement moins reluisante, d’un discours outrancier et simplificateur visant à se nourrir des peurs, des jalousies de toutes les frustrations engendrées par une société bloquée à moins deux étages étanches. Or, même au sein de la zone € des pays s’accommodent fort bien de ces difficultés. Jamais personne n’a hélas pris le temps d’expliquer pourquoi. Si des pays scandinaves font mieux que nous en dépensant un % du PIB proche pour les dépenses publiques, personne n’a mentionné pourquoi cette dépense était à l’évidence plus efficace. Personne pour s’émouvoir et proposer quelque chose de sérieux quand des chômeurs de banlieues perçoivent des aides qui laissent penser qu’ils vivent mieux que des agriculteurs qui ne font ni 35h ni se se versent le SMIC pour vivre. Peu importe les chiffres, les raisonnements macro-économiques, c’est bel et bien la micro-économie, le terrible « ressenti » qui dicte les humeurs de ce vilain peuple qui se recroqueville sur une identité (réelle ou fantasmée) quand le bon sens (common decency?) abandonne les élites.

Nous élisons donc notre cher tyran pour 5 prochaines et longues années. La décorrélation entre le temps politique et le temps économique fait qu’aujourd’hui 5 années paraissent longues, c’est pourtant le minimum avant que des réformes aient indiscutablement des effets pour qu’on puisse en débattre. Madame Le Pen s’est présentée mercredi soir sous le mauvais visage du populisme : inutilement hargneuse, impréparée, ignorante sur des dossiers qu’elle avait elle-même choisi de mettre en exergue, incapable de défendre un projet inspiré d’une vision, incapable, surtout, de s’adresser aux indécis, à ceux qui n’avaient pas voté pour elle au premier tour (ni pour Macron). Cette nullité abyssale nous ramène aux vrais enjeux de ce second tour puis des législatives qui suivront. Oui l’UE dysfonctionne et encourage une bureaucratie locale s’ajoutant aux inclinations locales, si fortes en France naturellement. Oui l’€ est une stupidité monétaire qui se terminera dans une crise, crise qui ne se réglera pas d’avance par un référendum ou toute tentative démocratique factice. L’€ mourra dans une réunion secrète au terme d’un long week-end de tractation qui aboutira dans la nuit du dimanche à lundi à 4h du matin, quand d’épuisement, les dirigeants européens se seront vaguement mis d’accord sur les modalités : fermeture temporaire des banques, contrôles des changes et des capitaux, accord sur le règlement des dettes. Jamais la célèbre formule de Laurent Fabius, datant de 1984, n’aura résonné aussi fort : « Le FN pose les bonnes questions mais apporte les mauvaises réponses ». En 30 ans, le PS et une droite pleutre devant les réformes à conduire, pourtant connues et identifiées, se sont rendus complices de cette très résistible ascension.

Certains nigauds pensent que s’abstenir ou voter Le Pen dans le but, je cite, « d’affaiblir » le président Macron serait opportun. Dans un moment d’éructation populaire aforme qui a drainé plus de 50% des voix du premier tours sur des tarés pathologiques, dans un moment d’une grande faiblesse générale de la France, est-ce le moment de mal élire un maigre réformateur sous prétexte de bien lui signifier qu’il n’est qu’un choix par défaut? Même mes amis éduqués bac+5 et jeunes fortunés n’expliquent pas mieux leur choix qu’un chômeur picard, par un infâme gloubiboulga antimondialisation, dont la seule phrase compréhensible est un réquisitoire contre l’islam et l’immigration maghrébine. Quelle surprise, c’est évidemment le seul ferment rassembleur du FN. Si Madame Le Pen fait plus de 40% dimanche prochain, où est reléguée l’opposition libérale à la sociale-démocratie et à l’Europe normative qui devrait animer un centre-droit libéral? Aux oubliettes de l’histoire, avec cette idée devenue abscons qu’elle pourrait se nourrir de l’échec des démocrates-sociaux? Folie. Dimanche, l’étrange et surtout pernicieux projet à la fois souverainiste, socialiste et nationaliste de Mme Le Pen doit être battu le plus largement possible. M. Macron qui doit constater les résultats des législatives aura, je le souhaite, grand besoin d’une droite libérale centriste pour compléter un tableau de chasse vigilent. Acceptons le risque qu’il soit instable. Lui donner les coudées franches ce dimanche ne me paraît pas, vu le contexte de l’élection, un risque de nature à reconduire le hollandisme mou pourtant si rejeté. C’est aux législatives qu’il convient de faire comprendre au nouveau président de ne pas recycler les déchets de la majorité sortante.

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Jubilatoire! Les masques tombent les uns après les autres!

Dimanche dernier, François Fillon n’a pas entendu que les résultats s’affinent pour reconnaître sa défaite tant elle devait lui paraître anecdotique face au choc politique en cours sous nos yeux. En quoi le fait que Marine Le Pen soit passée de 23% à 21.3 et lui de 18.5% à 20% changeait la donne tandis que les deux candidats passés par les primaires des deux partis de gouvernements, depuis le début de la Vème République, étaient passés à la trappe? Certains naïfs regrettent le score « élevé » de Nicolas Dupond Aignant, notre futur premier ministre, privant Fillon du plaisir de se faire étriller par Emmanuel Macron au second tour! Depuis dimanche, on devine de plus en plus nettement les contours de la recomposition politique tant les masques tombent les uns après les autres.

J’ai longtemps cru qu’avec l’UMP, qui décevait sur l’immigration excessive et ses conséquences, et une partie du parti populiste à sa droite, il y avait de quoi constituer une force majoritaire en France, prête à réformer pour nous débarrasser du socialisme mitterrendien. Quand j’ai publié mon analyse selon le diagramme de Nolan et au soir du débat sur TF1, dont on peut exfiltrer le passager clandestin Hamon, je voyais bien que les 4 France étaient irréconciliables. J’ai enfin ouvert les yeux dimanche soir et dans les jours qui ont suivi. Ces députés conservateurs qui n’ont en rien réformé la France pour les mêmes raisons qui les ont poussé à minauder sur les résultats du premier tour, incapables de désigner le pire entre un réformateur (pourtant léger) centriste et une folle dingue aux solutions inopérantes car socialistes, voire carrément démentielles, m’ont beaucoup aidé. Qu’ils cessent de rêver, non LR ne gagnera pas les législatives pas plus qu’ils n’éviteront la fracture de leur mouvement. Les courants qui les animent tirent dans trop de directions divergentes. Le 23 avril, les français ont balancé un énorme « MERDE » à la gueule de tous ces trous du cul qui prétendent comprendre les français depuis 30 ans en leur pétant au nez et en les prenant pour des enfants au QI attardé. On le voyait déjà venir avec la tentative détonante, qu’on croyait juste absurde, d’Henri Gaino de se présenter et de chier sur la tentative de Fillon d’imposer un programme libéral de réduction du poids de l’état dans nos vies. Pour évacuer la contribution décisive à l’échec de Fillon du poids des affaires, des « ténors » (bientôt des castrats) ont commencé à prétendre que c’était de la faute de son programme. Alors que 20% des français s’étant exprimés avaient défendu le projet malgré les révélations ébranlant la stature personnelle, le vrai visage des Gaullo-étatistes ne comprenant rien à la mondialisation, sans colonne vertébrale intellectuelle sérieuse, mués par leur intérêt personnel, fut outé mais pas à l’issue de leur plein gré, comme on dit. NDA a révélé que ses idées agissaient sous un faux nez pour le FN, Mélenchon incapable de dire d’emblée, dès dimanche soir, la fracture qu’il l’oppose au FN (elle est si tenue) tous ces éléments vont dans le même sens: une clarification historique. Quand De Gaulle appelle Jacques Rueff pour réformer, ses prétendus successeurs appellent Jacques Sapir. Toute est dit. Un économiste d’extrême gauche, hostile à l’€ car celui-ci interdit les folies étatistes. En financier mondialisé, pour qui le mépris envers la populace est fantasmé par les populistes, je dirais qu’il faut shorter toute cette merde. Que le dégagisme aille au bout. LR et UDI doivent sauter et qu’on sépare enfin l’ivraie du bon grain pour que Macron ait une majorité constituée de réformateurs.

Le vrai clivage était non pas entre mondialiste/multiculturalisme vs gens enracinés mais entre réformateurs et socialisme. Le premier clivage restera et par mon métier, étant mondialiste par essence et enraciné de cœur, je mets ce combat entre parenthèses tant l’urgence l’exige. 6 millions de chômeurs, 2200 milliards de dettes, un gamin sur 4 qui naît dans une famille pauvre, le terreau de tous les pires. Ajoutons les méfaits directs et indirects de la guerre perdue face au cannabis… Vu la sociologie du vote Fillon, seuls ceux insultés de « traîtres » pour leur soutien clair à Macron s’en sortiront. Ceux qui louvoient ou pactisent avec le diable FN sont promis à disparaître comme NDA qui a signé son arrêt de mort. Idem des élus LR du sud dont le discours ambigu finira par les tuer au profit du FN. Les masques tombent, la droite n’a jamais en 22 ans voulu réformer la France par son manque de libéralisme, c’est à un jeune centriste de faire le job dans un contexte a priori effrayant d’hostilité. Tant qu’il ira dans le bon sens je le soutiendrai en me délectant de l’obscurantisme de la droite.

 

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Et maintenant? Voter Macron?

Le miracle du vote caché ne s’est pas produit pour François Fillon, c’est bien Emmanuel Macron qui aura donc la charge du pays pour les 5 années à venir, tant il est entendu qu’il battra Marine Le Pen au second tour. La potion est d’autant plus amère à avaler que Fillon a donc raté le second tour pour 1.3 points seulement et qu’on aurait eu un excellent débat entre les deux tours entre les deux seuls candidats raisonnables parmi les 11 présents sur la ligne de départ. Digne, Fillon a immédiatement assumé sa responsabilité personnelle et appelé à voter pour Macron. Ce choix est nullement évident pour ses électeurs: pour les conservateurs souverainistes attachés aux questions liées à l’immigration et à l’islamisme sont tentés par Le Pen, d’une part, pour des libéraux effondrés par la vacuité totale d’Emmanuel Macron d’autre part.

J’ai désormais 3 choix qui s’offrent à moi, mais le choix est tellement capital et ces 3 options ouvrant des conséquences si différentes, qu’il convient de les analyser froidement et prendre le temps de la réflexion.

  1. M’abstenir car aucun des deux candidats ne seront en mesure de réformer le pays et lui éviter une aggravation de la situation. Fillon a été manifestement victime d’un lynchage téléguidé odieux et orchestré par des gens qui voient d’un très bon œil l’assurance qu’avec Macron, de la pérennité du système social-clientéliste d’un côté et le capitalisme de connivence de l’autre. L’argument moral ne tient pas, Marine Le Pen trimbale une collection de casseroles tandis que personne n’a voulu enquêter sur les nombreuses zones d’ombres de Macron : déclaration de patrimoine fumeuse, l’ancienne banque qui l’employait avantagée dans les opérations de rachat qu’il a ordonné, renvoi d’ascenseur au propriétaire du groupe de presse à qui il a autorisé le rachat de SFR etc. En si peu de temps en politique, on peut dire que Macron a fait très fort. Dur de cautionner son élection alors que le panurgisme électoral à la française n’a aucune raison de se retourner contre lui tant le rejet de Marine Le Pen est visiblement très intense.
  2. Voter pour Marine Le Pen et ainsi faire comprendre aux microcosme parisien, qui a manifestement cherché et réussi à fausser cette élection, que dans l’âme française, il se cache toujours un esprit frondeur. Et face au politiquement correct, quand je parle de frondeurs, je n’ai aucune considération pour cet abruti d’Hamon (remis très justement à sa place avec moins de 7%) au charisme inexistant et à l’élégance d’un VRP de seconde zone s’habillant en faisant les soldes chez Brice. Une autre motivation défendue par certains, souvent bien planqués depuis des pays comme la Suisse, serait de croire que l’élection de Le Pen accélérerait un effondrement salutaire du pays pour le sortir de se lent déclin. Charles Gave parle souvent de mettre fin à l’horreur plutôt que de vivre une horreur sans fin en parlant de l’€. Ce choix serait cependant tout sauf altruiste car j’appartiens clairement à une frange de la population qui en souffrirait le moins.
  3. Voter Macron. Au fond, tenu par ses engagements européens, il devra tenter de réformer la France plus profondément qu’on ne peut le penser suite à la lecture de son programme fourre-tout. Voilà qui serait infiniment plus engageant que le programme économiquement démentiel du FN qui ruinerait méthodiquement les électeurs les plus convaincus par les thèses de ce parti. Bien sûr qu’une victoire large de Macron risquerait de lui faire croire abusivement qu’on lui signe un chèque en blanc. Il doit tout de même bien se douter qu’en partant de seulement 24% avec en plus autant d’électeurs qui ont voté pour lui par dépit, il aura toute les peine du monde à gouverner s’il ne satisfait que les sociaux démocrates et européistes qui ont voté pour lui, leur seule roue de secours possible.

Et il y aura les législatives ensuite. Comme je le notais après le débat à 5 ou disons à 4.5 sur TF1, il y a 5 France d’à peu près 20% : L’abstention et les 4 premiers au soir du premier tour. Compte tenu des circonstances et de la sociologie très marquée voilà qui me laisse penser que LR va perdre des députés mais résister. Le PS va sauver une partie de son personnel en le re-badgeant « EM », mais il est plus que probable que la majorité de Macron sera faite de bric et de broc car cette élection n’est pas à la proportionnelle. Puisque le pire ne serait pas l’élection d’Emmanuel Macron mais l’impossibilité de voter des réformes à l’assemblée avec le risque de crise de régime à court terme, je pense raisonnable de nous épargner les incertitudes folles qui suivraient l’élection de Marine Le Pen. Le dimanche 7 mai, je voterai donc pour Emmanuel Macron, n’oubliant rien, ne regrettant rien, en espérant que le centre droit libéral s’imposera et rangera au placard les figures odieuses qui se réclament du gaullisme pour justifier un vote immonde et la poursuite du socialisme en France.

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Jour J : les limites de la démocratie

Cette campagne aura été folle. Sans présager des résultats de ce soir (si à 20h on est capable d’affirmer qui sera au second tour) quelques remarques s’imposent. Il y a un an, dans l’émission de Nicolas Doze sur BFM Business, les invités se réjouissaient que pour la première fois dans une campagne présidentielle les questions économiques seraient prépondérantes. En 2012, plutôt que de parler du chômage et de la nécessaire réduction des déficits publiques le débat s’est arque-bouté sur le prix du permis de conduire et de la viande halal. Grâce aux primaires, on a parlé d’économie avant que les boules puantes ne soient balancées. Mais les candidats issus des primaires risquent de sauter dès le premier tour… Première limite à la démocratie, pourtant indispensable dans ces partis politiques sclérosés et si enclin au statu-quo.

Il y a un invariant dans l’histoire des hommes : une éternelle vanité à se croire plus malin que ces ancêtres. Au moment ou le niveau scolaire s’effondre et que de jeunes générations, si facilement diplômées, ignorent l’histoire avec allégresse et l’économie avec aplomb, il y a de quoi être inquiet. J’irais plus loin que la simple affirmation, qui pourtant devrait faire réfléchir, sur l’impossibilité d’éduquer de façon « neutre » à savoir que la plupart des enseignants penchent à gauche. Le secret historique le mieux gardé par aveuglement à gauche et à dessein fumeux à droite, c’est que le socialisme, la planification étatique de l’économie et les restrictions de la liberté individuelle se sont toujours soldés historiquement par la ruine, la dictature, souvent la guerre, une honte tenace dans tous les cas malheureusement minorée voire niée. Mélenchon siphonnant ce brave abruti parasitaire d’Hamon, en rejoignant le trio de tête dans les sondages, soudainement, des journalistes pas encore soumis aux thèses effrayantes du dictateur bolivarien à la française se sont réveillés. Le contre-pouvoir journalistique ne joue plus tant il apparaît évident que ceux-ci penchent à gauche, pire qu’ils trouvent encore de scandaleuses parades pour ne pas placer au même niveau de dangerosité la flottille de candidats marxistes avec l’affreuse Marine Le Pen qui n’effraie plus près d’un quart de l’électorat. Seconde limite à la démocratie. Il est urgent de couper les vivres à ce microcosme parisien qui en plus de se contenter de ne rien comprendre à la diversité de la France, l’insulte régulièrement et gratuitement.

Il y a 10 ans, en promettant le kärcher, Nicolas Sarkozy ramenait des abstentionnistes sur le droit chemin du vote. De discours non suivis d’effet à l’odieux prononcé à Grenoble, ville emblématique des collusions entre la gauche avec le pire, Sarkozy s’est rendu coupable d’une banalisation des idées extrêmes ce dont le social-démocrate Chirac s’était toujours interdit. Qui aurait pensé que seulement 10 ans après un jeune Rastignac sans parti, sans programme, ne s’étant jamais présenté à la moindre élection serait donné vainqueur dans les sondages? Autre tare de la démocratie, et surtout des partis en place : être un obstacle au renouvellement des tête et des idées. Selon toute vraisemblance, ni Benoît Hamon ni François Fillon ne seront au second tour. Il opposera la fille d’un dictateur en puissance – capable elle-même de l’évincer! – au protégé des médias, notamment ceux possédés par des capitalistes de connivence qui ont déjà pu apprécier ce court ministre et qui se disent que 5 ans de présidence serait une formidable opportunité. Churchill avait raison de dire de la démocratie qu’elle était le pire des système à l’exception de tous les autres. Depuis que les hommes sont sortis de leurs cavernes, ils n’ont pas cessé de se taper sur la tête mais c’est plus feutré désormais. La candidature de Macron respire à plein nez le capitalisme de connivence, nous sommes bien loin de cette société bloquée qu’il dénonce dans ses discours: il l’incarne comme personne tant il en a été jusqu’ici le principal vainqueur… Dans la dernière ligne droite, d’obscurs petits candidats sont venus troubler les débats et égrainés des idées toutes plus délirantes les unes que les autres. Voilà qui servait bien les intérêts du bel Emmanuel pour dissimuler la vacuité de son projet. Pas sûr que le triste rappel avec ce qu’il s’est passé sur les Champs Elysées jeudi dernier guide les français sur le chemin de la raison aujourd’hui. Entre le délire sécuritaire d’un état policier imaginé par Le Pen ou la complicité nunuche d’un vivrensemble, qui tue ouvertement depuis au moins Merah, où est passé la raison?

Justement, parlons de ce mot de « raison ». Fillon a basé ses arguments, toute se campagne et son programme, notamment économique, sur la raison au point qu’on lui a reproché de manquer d’empathie. Après 5 années de discours larmoyants, au pathos dégoulinant d’insincérité d’Hollande, ça nous aurait fait beaucoup de bien d’avoir un chef au sommet de l’état qui préside avec hauteur et avec un cap clair. Jouer sur le registre de l’émotion, ça fait possiblement gagner une élection, ça ne fait pour autant de grands présidents, Sarkozy et Hollande en savent quelque chose. Espérons que ce soir Fillon soit au second tour, sa personnalité un peu raide, froide correspond assez à ce que les français regrette de leurs derniers présidents qui ont laissé une trace dans l’histoire. Que dirons-nous des deux derniers sinon que souligner leur triste rôle dans la faillite à tous niveaux qui a commencé?

 

 

 

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L’affligeant « débat »

Il fallait donc qu’il eusse lieu ce débat avec les 11 prétendants. France Télévision, qui devait organiser le second le 20 avril, cherche désespéramment une solution de remplacement tant personne n’a envie d’assister à cette mascarade une seconde fois. A seulement 5 sur TF1, c’était déjà pénible à suivre. L’ajout des 6 recalés a comme prévu rendu l’émission inaudible, ennuyeuse au possible, risible par les participants et les propos démentiels qui ont pu être tenus en toute décontraction. Les deux journalistes des chaînes d’info, quoique meilleures que les tocards du service publique, avaient toutes les peines pour garder le contrôle. La cacophonie annoncée et effective, ce n’est même pas le plus important.

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Le premier constat qui saute aux yeux est l’effroyable composition de ces 11 candidats : seuls deux paraissent conscients des enjeux et possiblement en mesure d’éviter au pays une sortie de route rapide, après seulement quelques mois d’exercice du pouvoir. François Fillon sera bien entendu contesté comme jamais, pour un président de droite, par des factieux de tous poils, et, Emmanuel Macron aura bien peu de chances de sortir de son chapeau une majorité suffisamment cohérente pour gouverner sereinement. Voilà qui constitue mon principal effroi ; mais je ne peux m’habituer à la présence sur la ligne de départ d’au moins 3 paléo-communistes aux discours soit glaçants par leur totalitarisme assumé (Poutou et Arthaud) soit dissimulé par un voile de culture qui permet à Mélenchon de rendre tantôt truculentes tantôt poétiques les idées les plus infamantes. Sans un écologiste qui aurait grossi d’une unité les rangs anti-capitalistes avec des formules chocs à base de poncifs éculés, signalons la présence de Jacques Cheminade que j’ai trouvé le moyen de ne jamais entendre (j’ai lu le programme pour me prononcer). Enfin la gauche socialiste était représentée par Benoît Hamon dont la nullité avérée et le parasitisme social, incarnée par son « parcours politique » (à défaut de professionnel), ne mollissent pas. Enfin Macron plane en apesanteur, quelque part entre Hamon et Fillon, profitant de ce vaste espace politique ouvert par l’absence d’une candidature centriste et d’un socialiste, économiquement réaliste. Toutefois le format de l’émission lui était favorable, on avait tant annoncé qu’il serait la cible privilégiée de ses opposants principaux autant que des « petits candidats« . Peu de temps pour s’invectiver, aucun débat de fond possible, surnager au milieu de cet océan de délires étatistes, de complotisme anti-européen, sans devoir s’expliquer ou prendre un risque lui convenait finalement assez bien.

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La France

A droite, l’absence de clarté de ce qui est devenu l’UMP qui a gouverné de 1995 à 2012, est revenue comme à Boomerang à la figure de François Fillon. Il est pourtant infiniment moins fautif que Chirac, qui vote le traité de Maastricht en 1992, contre toute attente, et, Sarkozy qui piétine le référendum de 2005. Mais les socialistes de droite, Dupont-Aignant et Asselineau voulaient le saigner à blanc pour son passé eurosceptique. Fillon leur a répondu sèchement par deux constats évidents dans la situation actuelle : l’UE se désagrège (Conséquence du Brexit passée sous silence par presque tous!) donc il est grand temps de revenir à une union sur des grands principes (subsidiarité?) mais hors de question de jeter le bébé avec l’eau du bain. Le soutien des français à l’€ est si fort que le programme de Marine Le Pen, sitôt élue, est tout bonnement promis à être mis à la poubelle. Asselineau, professoral, avec ces citations de traités constitutionnels, est resté ce qu’il n’aurait jamais cesser d’être : un youtuber conférencier incapable de dissimuler le mal-être profond d’un énarque tombé en disgrâce (notamment ancien du cabinet de la très nulle Françoise de Panafieu). Disgrâce provoquée par son refus de se soumettre à l’européisme ou par son incapacité à travailler en équipe, sa nullité à l’écran ou que sais-je encore? Je n’ai même pas envie de m’interroger sur le sujet. Pour finir, Marine Le Pen a encore une fois démontré la vacuité de son projet, de ses convictions et de son opposition complètement factice au « système » qui l’enrichit grassement dont elle semble, elle et son parti abuser à Bruxelles comme au plan national. Enrichissement bien plus efficace que si elle avait du ne se reposer que sur son talent, et lui offre une immunité parlementaire. Poutou le lui a fait remarquer d’ailleurs, lui, il ne dispose pas de « l’immunité ouvrière« , c’est gênant pour la candidate de « la voix du peuple« . L’état de décrépitude de nos institutions, des partis politiques et de notre économie interdit hélas de rétorquer que l’immunité des syndicalistes en général, de ceux d’Air France qui agressent physiquement leurs supérieurs, celle-là, elle existe bel et bien. Au détriment des salariés des compagnies publiques ou semi-publiques quand dans le même temps la CGT signe parfois des accords de compétitivité dans le privé. Point inaudible par les temps qui courent surtout avec un si faible temps imparti à chaque candidat.

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J’évacue immédiatement le cas du brave Jean Lassalle. Accent sympathique et possible atout terrien gâché, mais par moments avec magnificence, personne ne comprend son combat, ni les ressors ni la finalité. Asselineau et NDA prouvent que le marketing européen de MLP est factice. Les idées communistes ont la peau dure et que les réformes récentes (publication des noms des parrains) n’a rien changé à la donne. La réduction de la période d’égalité de temps de parole, elle, se traduit par un débat final qui sera probablement annulé. La démocratie est souillée par la surreprésentation des idées extrémistes qui, en plus, peuvent se plaindre d’une inégalité de traitement face aux idées des partis dits « raisonnables » co-responsables de la débâcle à tous niveaux que nous subissons. Mon ultime effroi est donc celui là : au fur et à mesure que les partis traditionnels, de plus en plus discrédités pour proposer des solutions aux maux qui rongent la France, au lieu d’agir et assumer le risque, préfèrent tendre le bâton pour se faire battre. Si on passe 2017, je serre les fesses pour 2022.

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L’incroyable alignement des planètes pour Emmanuel Macron

De toute évidence, les formidables alignements de planètes ne produisent pas toujours leurs effets mirifiques tant escomptés. Vous baissez l’€ pour l’export (encore faut-il exporter encore quel que chose), le prix du baril de brut, les taux d’emprunts et vous saupoudrez d’un crédit d’impôt sur les entreprises (CICE) et… rien, l’économie reste atone, la croissance moindre qu’ailleurs, le chômage se stabilise tout juste. C’est tout de même ballot. Côté politique, la baraka d’Emmanuel Macron force le respect mais, comme toujours dans notre douce France, quelqu’un qui réussit trop vite et trop bien s’attire immanquablement les critiques des ronchons habituels, quand ce n’est pas les adeptes des complots les plus hourdis. L’envol de M. Macron est peut être un succès prodigieux, rien ne permet d’affirmer qu’il ne le doit pas uniquement à son immense talent. Presque rien.

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La STASI en rêvait, Hollande l’a fait

Le débat à 5 sur TF1 fut bien entendu remporté haut la main par le candidat marcheur, les premiers sondages se sont même mis à pleuvoir dans ce sens quelques minutes après l’émission. Comme c’est étrange ce goût de déjà-vu. Je me rappelle qu’identiquement, Hillary Clinton avait logiquement terrassé Donal Trump après chaque débat et que Juppé avait fait mordre la poussière à tous ses adversaires qui avaient osé entraver sa marche vers la gloire. Bien sûr que les supporters de chaque candidat ont estimé que c’était leur champion qui l’avait remporté, comme toujours, lorsque l’élection suprême approche, la perte totale d’objectivité des passionnés de politique est fascinante. Il y avait un match dans le match divisant la gauche archaïque : indiscutablement Mélenchon avait ridiculisé par sa gouaille, aussi dangereuse qu’érudite, le néant, pur produit du nivellement par le bas, incarné par Hamon. Le Pen agressive, imprécise ne maîtrisant pas ses dossiers avait en fin d’émission démasqué l’imposture technocratique du bel Emmanuel, qui, au fur et à mesure qu’il s’éteignait, s’enfermait de plus en plus dans des slogans d’énarques hautains et la langue de bois. Oui effectivement, après avoir acquiescé à la moindre remarque de bon sens et, reconnaissant implicitement que Fillon était le plus solide sur l’économie, il s’était montré très faible sur les autres sujets. Avoir à répondre en moins de 2 minutes sans face à face assure un certain confort au sophiste mais, objet du plus grand nombre de critiques, Macron a livré ses faiblesses. Ses supporters diront que les notables de la politique voulaient lui faire payer sa popularité et le pari qu’il était en train de remporter. D’autres auront vu son sang bouillir facilement et son manque d’expérience auquel son charisme déficient ne pouvais couvrir. Patatras, le réputé conspirationniste journal, Financial Times, écrivait le lendemain que sans totalement être mauvais Macron avait de très bonnes raisons d’éviter, comme la peste, les débats télévisés.

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Sondages truqués alors ou juste grosse volonté dans l’opinion de « dégagisme » ? Les deux je pense. Un électeur potentiel sur deux de Macron n’est pas certain de son vote et sur l’ensemble de l’électorat, l’indécision est anormalement élevé à moins d’un mois du premier tour. On veut du neuf et les programmes dits de « purge » porté par des candidats criblés de scandales de dernières minutes servent de repoussoir. Tout va donc se jouer dans les dernières heures manifestement. Le fameux livre « Bienvenue place Beauvau » décrit avec une acuité (qui reste à prendre avec des pincettes évidemment) comment une somme d’informations compromettantes envers des adversaires politiques du président en place peuvent facilement arriver sur son bureau. Tracfin, le parquet national financier et même la loi renseignement, emballée avec des fleurs en disant que c’est pour traquer les méchants barbus alors que ça peut facilement être n’importe qui, autant d’instruments de surveillance arbitraires qui peuvent détruire une démocratie basée sur la séparation des pouvoirs et un droit garantissant les libertés publiques et individuelles. La droite est naïve et complice de ces dérives, qu’elle en puisse être la victime devrait la conduire à réfléchir sur ces outrages aux libertés ce qui, hélas, ne semble pas le cas. Qu’un Hollande qui peut tirer autant de ficelles n’ait pas envie de s’immiscer dans l’ombre dans la campagne présidentielle n’est pas crédible. Il a tel un track record en saletés en tous genres, notamment dans l’exercice du pouvoir, qui a terriblement affaissé la fonction. On parle même de rumeurs balancées dans la presse contre de futurs adversaires issus de son propre camp! Voilà qui laisse penser que comme Mitterrand, avec qui il partage le fait d’être arrivé au sommet avec une étiquette de gauche éloignée de ses convictions intimes, pour lui, la fin justifie les moyens.

Ainsi nos bases complotistes posées, réexaminons l’historique des dernières semaines en gardant en tête que les principaux médias ont un intérêt certain à être bien vus du futur locataire de l’Elysée. Rembobinons la séquence pour comprendre sur quoi s’est construit Macron. Rappelons que les médias ne roulent pas systématiquement à gauche en réalité, même si le politiquement correct en est issu : en 2007, une fois cramée Royal fut lâchée par ses créateurs et on passa sous silence les propos confus de fin de campagne de Sarkozy sur l’acquis et l’inné au sujet de la délinquance. A peine interpellés par le Brexit, les médias soutenaient Juppé. Hollande travaillait contre Sarkozy, Fillon était invisible dans les sondages. Vint le premier tour et le plébiscite de Fillon qui a notamment tué Sarkozy par sa droiture et Le Maire, avec son vrai-faux renouveau, par son autorité naturelle. Macron qui en piaffait d’envie se jette dans l’arène dans l’entre deux-tours puisqu’il était clair que Juppé allait se ramasser méchamment. Pour affaiblir Fillon on commence sur LMPT, l’IVG et Juppé croit que c’est une bouée de sauvetage des médias. Non tout le monde savait qu’il se ramasserait, sans les voix centristes ou de gauche, Sarkozy aurait même été au second tour, il s’agissait de droitiser à outrance le futur vainqueur sachant qu’aucun candidat centriste n’était présent sur la ligne de départ. Au même moment entre les deux tours, Macron lève le suspens et se lance et devient immédiatement l’espoir des médias. Hollande savait qu’avec une primaire de gauche, enfin, du parti socialiste, s’y soumettre rétrécissait gravement son assise électorale en vue du premier tour de l’élection présidentielle et, pire, qu’il en sortirait probablement mortellement touché par les frondeurs. Hollande s’est retiré constatant la force et la légitimité du candidat de droite et a laissé délibérément Manuel Valls perdre des plumes. Je devrais dire qu’on connaît la suite, a-t-on finalement publié dès le lendemain les résultats de la primaire de gauche, comme le PS s’y était engagé et que le parti LR a effectivement fait, bureau de vote par bureau de vote? Non. Les résultats de cette primaire sont-ils à l’heure ou j’écris ce billet connus et fiables? Je n’en ai pas l’impression : faible participation, les réformistes du PS peu mobilisés car déjà derrière Macron qui soulevait des fonds (avec l’aide à peine dissimulée du pouvoir), ont laissé Valls aller au casse-pipe. Hamon devance Montebourg sans chercher à être plus pro-business que lui, au contraire, il a promis une distribution d’argent gratuite irréaliste sans la moindre vergogne, il gagne. On constate la suite : Hamon est nul, sont programme est irréaliste, les soutiens à Macron s’enchaînent et Mélenchon le dépasse dans les sondages. Pour tuer les frondeurs proprement et le seul social-démocrate, un peu réaliste économiquement et ferme sur la laïcité, Valls donc, le crime était trop parfait. Les sociaux démocrates sont du coup tous chez Macron.

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Néron

Dernier cailloux dans la chaussure du plan Hollande : Fillon est trop élevé et devait affronter la candidate frontiste au second tour. Vous pouvez prouver par A+B que le FN est un ramassis de fachos et de corrompus, à commencer par ses dirigeants, voilà qui n’a aucun impact sur son électorat trop imperméables à l’argument. Il faut trouver un truc contre Fillon car c’est face à l’héritière de la dynastie que Macron a le plus de chances d’être élu et de perpétrer le système en place. Vous voyez la suite. Traitez-moi de complotiste. Reprochez-moi d’établir des connections entre des faits et des allégations sur la simple idée qu’il y aurait un grand plan d’ensemble cohérent. Il ne l’est pas, jusqu’en septembre au moins Hollande pensait se représenter mais l’alignement des planètes et le simple recueil du fruit de la conjoncture a merdé. Les frondeurs ont voulu abattre Hollande, il a répliqué en faisant assassiner le PS dans un parking par des prête-mains. S’il a des dossiers sur les uns, il doit savoir comment d’autres font disparaître près de 2 millions d’€ suite à leur juteux passage dans une banque d’affaire, proche du PS. Traitez-moi de complotiste et demandez-vous où paye ses impôts la maison mère de l’empire médiatique Drahi qui aide aussi grossièrement Macron. Traitez-moi… Espérons juste ensemble de connaître le fin mot de l’histoire tant la mystification Macron est grossière; sans parti, si peu de donateurs,  des couacs, des outrances, de la langue de bois, son charisme en mousse, prêtant le flan autant à la critique pour son mondialisme, son immobilisme économique en cette terrible période, la candidature Macron est imposture jamais vue.

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Et si? Petit travail d’anticipation

Si 2016 a quelque peu égratigné les inébranlables certitudes du beau monde politico-médiatique parisien par ses surprises électorales, ceux qui se donnent encore la peine de penser et d’analyser les faits en laissant de côté les analyses de ce beau monde ont été moins pris en défaut. Mais les faits sont têtus, à pile 1 mois du premier tour des présidentielles, François Fillon ne refait pas surface et la bulle Emmanuel Macron ne semble pas vouloir éclater aussi facilement qu’on pouvait le penser. Prenons donc l’hypothèse que tous les candidats issus des partis de gouvernement via un processus de primaires soient battus fin avril. L’opinion étant particulièrement indécise à si peu de temps du premier tour que d’un côté, tout peut encore se produire, mais dans l’autre ça me renforce aussi dans l’idée qu’il faut prendre le temps de bien comprendre par quelles étapes nous en sommes arrivés là. Comme dit fort justement une maxime bien connue, quand tu ne sais pas où tu vas, rappelle-toi d’où tu viens.

L’histoire est connue, à partir des années 80 les idéologues de mai 68 commencent à imposer leur hégémonie intellectuelle suivant le principe de Gramsci avec la bénédiction de Mitterrand qui leur fournit les outils culturels et associatifs d’une part et en instrumentalisant l’essor du FN d’autre part. Jacques Chirac est écrabouillé en 1988 tandis que la gauche est en déroute à chaque fois après 5 ans d’exercice du pouvoir. S’ensuit la tentative de bond en avant vers le fédéralisme européen en 1992 (Maastricht) où Chirac enterre ce qui lui reste de souverainisme en vue de l’élection de 1995 provoquant le désarroi idéologique du RPR et préfigurant la fusion RPR/UDF pour fonder l’UMP en 2002. Cette année là, après une amélioration timide de l’économie française succédant à une décennie 90 morose, le président sortant ne réunit même pas 20% des voix au premier tour. Le premier ministre socialiste Lionel Jospin – après 5 ans d’exercice du pouvoir lui aussi – est éliminé dès le premier tour par un septuagénaire populiste notoirement antisémite et raciste. En 2007, Nicolas Sarkozy semblait être le seul à avoir tiré la leçon : aucun parti ne s’était remis en question après le 21 avril 2002, ni les socialistes et surtout pas Chirac qui avait poursuivi sa politique immobiliste, sa fracture sociale de 1995 n’étant qu’un slogan creux de plus. Sarkozy affronte la crise de 2007/2008 en disant et faisant tout et son contraire, en gesticulant à en énerver ses propres soutiens et nous arrivons en 2012 dans une situation très inconfortable. DSK est donné largement gagnant mais plutôt que d’exploiter son poste offrant une visibilité internationale et une stature incontestable il préféra violemment trousser une bonne dans un hôtel new-yorkais. Le PS le remplace à la va-vite par l’homme des synthèses impossibles qui a dirigé le PS pendant 10 ans mais qui n’a que des sous-fifres face à lui. Les électeurs lisent les sondages et ne voient passer aucune critique sérieuse dans la presse. Discours du Bourget, Mérah qui tue autour de Toulouse, mauvais report des voix FN sur Sarkozy on connaît la suite, Sarkozy souhaite bonne chance à son successeur en glissant que « ce sera difficile » (adjectif fétiche du président Hollande dans ses prises de parole, ça ne s’invente pas) dans un ultime discours en formes d’au revoir et non d’adieu.

Nous voilà donc 15 ans après la première manifestation électorale claire de l’exaspération des français et 10 ans que notre économie stagne avec ce que cela signifie en terme de chômage et de perspectives en berne pour un nombre croissant de gens leurrés par le socialisme, rendus aveugles face aux vertus de la mondialisation. Dès lors les choses vont très vite. Les anglais brisent un tabou absolu en disant merde à l’UE. Qu’ils soient les premiers à le faire n’a rien de renversant, que nos élites européistes minimisent la portée du geste et de l’atteinte grave à la légitimité de l’institution technocratique en se murant dans le déni, est non seulement révélateur, mais augure d’une fuite en avant auto-destructrice. Les américains disent merde aux médias et élisent un candidat trimbalant un castorama géant à faire pâlir de jalousie les Sarkozy ou Juppé et désormais Fillon avec leurs petites quincailleries typiquement françaises. Il me vient donc à l’esprit une réflexion que j’ai partagé en 2014 lors du retour de Sarkozy avec des gauchistes que je qualifierais de « bobos déclassés » tentés par Mélenchon. Après le matraquage fiscal d’Hollande accompagné d’aucune réforme structurelle et bien avant que la baisse du pétrole et le CICE opèrent leurs petits effets bénéfiques à notre économie laissée exsangue par excès de socialisme, je leur ai prodigué cette terrible prophétie : si en 2017 ce n’est pas un réformateur décidé à agir assez fortement pour espérer – quelque que soit le contexte – tirer les marrons du feu en 2022 qui est élu, alors ce sera un boulevard pour un parti populiste tel que le FN. Sans évoquer la nécessaire clarification des idées dans les partis considérés à droite, concept trop complexe à expliciter à des gens qui considèrent qu’à la droite de Bayrou ne subsistent que des fascistes en chemises brunes, je me suis basé sur plusieurs points qui découlent de mon analyse personnelle de l’évolution des idées qui fait appel au « temps long ». Analyse tenant aussi compte du fait que les votants sont de plus en plus âgés et que l’exaspération dans les urnes ne découle pas d’une humeur passagère mais bien d’un courant de fond.

Plusieurs cas de figure s’offrent à nous dans l’hypothèse de travail. Primo Marine Le Pen est nettement battue par Emmanuel Macron. Dans ce cas, alors qu’on dit que la France penche à droite en ce moment, le paradoxe tueur à long terme serait que Macron dispose d’une majorité assez large pour voter des réformes. Dépositaire d’une grande partie du bilan économique d’Hollande ce serait un tour de force inédit. Il est plus probable qu’il hérite de frondeurs 2.0 d’autant que les partis centristes compatibles ou facilement amadouables ne brillent pas par leur libéralisme, ils sont Macron-compatibles par leur européisme et leur caractère social-démocrate. La frange économiquement plus libérale du PS ralliée à Macron devrait faire un carton aux législatives pour éviter au président Macron des blocages similaires à ceux rencontrés par Hollande. Sauf miracle, on pourrait même espérer quelques réformes économiques allant plus loin que ce que le candidat propose, ce serait une première… Secondo, Macron élu de justesse avec une abstention assez forte. Cata complète en vue. On verrait alors soulignée comme jamais la fracture irréconciliable des clientèles de français aux intérêts de plus en plus divergents qui s’est faite jour lundi soir au cours du débat de TF1. Mélenchon et Hamon défendant un socialisme haineux et jaloux mais le premier plus cohérent comme Le Pen en s’affranchissant des carcans encore raisonnables des engagements européens, un technocrate s’adressant aux bobos mondialisés épargnés par la crise et le conservateur catho-tradi audible des friqués cadres-sup/retraités/bosseurs. C’est parce que je juge cette seconde hypothèse comme la plus probable, dans mon cadre de réflexion, que je crois que la France peut partir en slip. Je l’ai déjà dit ici, le FN a commis l’erreur de ne pas être le principal parti de droite en 2012 et a laissé l’UMP une ultime chance. Tuer Fillon pour Hollande, ce n’est pas une prise de guerre posthume, c’est ouvrir la porte du pire. Soit une recomposition s’opère après la défaite de Marine Le Pen sur un projet de réformes libérales de l’état-providence et de redéfinition de l’UE soit c’est de l’auto-destruction délibérée du pays qui en accouche.

Gilbert Collard et Marion Maréchal Le Pen ont la tête de ces gens qui pourraient signifier à Marine Le Pen qu’elle et son socialiste conseiller Florian Philippot devraient changer de fusil d’épaule, le daron ostracisé ne le pouvant plus, vœux de moins en moins secret d’une partie de la droite qui anticipe cette recomposition tel l’hebdo « Valeurs Actuelles ». Peu importe comment ça se passe, le point central porte sur les questions européennes, l’UE post-Brexit et l’€. L’€ est mort-né et sa préservation engendre une telle négation de la démocratie et des questions sur le rôle d’une banque centrale (dont l’existence même m’hérisse le poil) que ce n’est possiblement pas en France d’où proviendra la crise terminale. Italie? On repense au graphique pas si foireux de Marine Le Pen dans le débat. Evidemment l’Allemagne a du repenser son marché de l’emploi après la réunification, nous, on faisait les 35h, les italiens, les grecs avec les JO (qu’on veut organiser en 2024!) et les bâtisseurs espagnols ont fait n’importe quoi comme lorsque la corde de rappel des taux d’emprunts n’est plus là pour opérer un rappel à la raison. J’ignore comment les fractures identitaires et économiques dans ce contexte pourraient porter au pouvoir un(e) dissident(e) au pouvoir en 2022 mais le discrédit sera tel sur les ridicules tentatives de maquillage des idées dominantes dominées par les événements que je ne vois plus d’issue par le haut. On va swinguer.

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