La primaire UMP et la stratégie de Bruno Le Maire ?

Tous les candidats à la primaire UMP (enfin future-ex UMP) ne sont pas encore connus mais certains ont fait le choix de se déclarer très tôt, peut-être trop tôt. Le nombre d’impétrants comme dirait le Don Quichotte colbertiste, chantre de la « démondialisation », ne sera connu que d’ici une bonne année mais des tendances profondes se dégagent déjà, des hypothèses aussi.

Colbertisme 2.0 mais à l'efficacité 0.0

Colbertisme 2.0 mais à l’efficacité 0.0 : Idole de la gauche mais aussi de la droite.

Une primaire à l’américaine pour un parti qui devrait s’appeler « Les Républicains », pourquoi pas mais ce n’est pas la logique des institutions de la Vème République où le premier tour fait office de primaire : Au premier on écarte les rigolos, au second on choisit le monarque. Sauf que depuis 2002 et la présence accidentelle, atroce, pour les commentateurs journalistiques, de la vilaine extrême droite au second tour incarnée par Jean-Marie Le Pen, d’étranges incantations et stratégies politiques se sont fait jour : Votez Utile ! Pas de dispersion au premier tour ! En réalité deux phénomènes se sont progressivement juxtaposés au fur et à mesure que la situation du pays se dégradait, se délitait : Avant les candidatures de « témoignage » étaient rarissimes à cause de la barre des 5% pour se faire rembourser les frais de campagnes. S’agissant des partis de gouvernements les choses ont toujours été plus complexes après la disparition des imposantes et incontestables figures telles que Charles de Gaulle et Georges Pompidou. En 1974, Chirac, ministre de l’intérieur brandit des sondages mauvais pour Chaban Delmas regrettant le retrait apparemment fondé sur le respect et la volonté d’unité de Messmer. Il soutient finalement Giscard d’Estain tout en arrivant à prendre la tête des ruines du mouvement gaulliste après son élection… Formidable opportuniste politique, infidèle aux valeurs et aux idées qu’il était censé défendre, voilà qui ne présageait rien de bon pour la suite en cas d’élection à la magistrature suprême ! Opposé à Balladur, relation pourtant proche depuis Pompidou, il l’emporte en 1995 : Le premier tour avait servi de primaires au RPR sans écorner les chances de Chirac de battre Jospin, le lourd héritier des 14 années catastrophiques de Mitterrand. Côté socialiste, le même Mitterrand prend la tête du PS à Epinay en 1972 sans en faire partie deux jours avant, il lui fallait un parti puissant s’il voulait être élu. La seconde trahison de Chirac en 1981 permit son élection, la cohabitation sa réélection. Mais en 2002, stupeur et tremblements, signes d’une grosse fièvre, celle de l’échec systématique de la gauche au pouvoir depuis le cartels de gauches en passant par le front populaire – dont on a tenté d’effacer les ignominies en diabolisant plus que nécessaire le Maréchal Pétain – pour finir avec Mitterrand : Jospin arrive troisième derrière un affreux jojo d’extrême droite. Le PS n’en retint qu’une leçon : Les français votent mal surtout quand ils ne votent pas. La prochaine fois, même si le candidat est une potiche incompétente fabriquée de toute pièce par les médias, il faudra « voter utile ». Exit donc la notion de primaire, bien qu’il en eut une en 2007 : Entre un DSK soi-disant économiquement compétent (on connait la suite, surtout récente avec ses gros déboires financiers) mais encore fraîchement entaché d’affaires (MNEF), un ancien premier ministre avec du sang contaminé sur les mains et un opportuniste « non » au référendum de 2005 sur l’Europe, les militants PS choisirent la « France présidente ».

HAHAHA je peux baiser tout le monde, le monde entier s'il faut! hahaha merde je dois solder mes comptes.

HAHAHA je peux baiser tout le monde, le monde entier s’il faut! hahaha merde je dois solder mes comptes.

Voilà donc le tour de la droite d’expérimenter la primaire. Xavier Bertrand fut le premier à se déclarer candidat. L’oubliable ministre du travail et porte-parole de Nicolas Sarkozy en 2007 cherche à combler son déficit de notoriété et de crédibilité. Recueillera-t-il les parrainages nécessaires?  On peut en douter. Il était si peu convainquant pour justifier de sa candidature en plus de sa volonté d’emporter la région Nord/Picardie en décembre que sa seule chance serait de défaire Marine Le Pen dans cette région si d’aventure elle se présentait. En bonne cumularde gérant sa SARL qui l’a rapidement faite millionnaire, prendrait-elle le risque de se voir battue de peu alors qu’on la donne présente au second tour de la prochaine présidentielle ? Elle n’ira probablement pas. Ce ne sont pas les divisions internes de son parti depuis la déception des départementales qui devraient l’en dissuader… Bertrand n’a qu’un seul mérite dans le débat : L’Ancien courtier d’assurance le sait : La prochaine réforme des retraites ne peut pas se contenter de rallonger l’âge de départ à la retraite, il faut introduire une dose de capitalisation, il a raison, le reste de son discours reste hélas de la bouillie conservatrice avec une bonne grosse louche de dirigisme bien indigeste.

Le FN dans la tourmente qu'il alimente depuis 40 ans

Le FN comme solution? Oui pour tout faire péter, mais surtout pour faire jour les caries françaises.

Viennent ensuite trois poids lourds comme on dit : François Fillon, qui est le seul à poser un diagnostic froid et lucide sur la décrépitude française méritant une thérapie de choc, mais qui souffre de partager le bilan de Nicolas Sarkozy. Alain Juppé, 72 ans en 2017, une condamnation définitive de la justice au compteur, bénéficie de la mansuétude journalistique (pour le moment) mais peine à faire croire qu’il aura l’audace de réformer enfin. Et puis Nicolas Sarkozy, certes pas encore candidat, mais qui n’aurait jamais dû revenir puisque battu par une nullité absolue en 2012, Monsieur Hollande donc, dont la dégringolade sondagière avait débuté bien avant sa prise de fonction le 6 mai. Bien qu’il est fort probable que Nicolas Sarkozy sorte indemne des affaires qui le concerne, ce qui paraît nettement moins probable pour ses fusibles, jamais il n’aurait dû revenir, son égo surdimensionné le trompe : Après 10 ans de pouvoir UMP fait de méandres intellectuels indéchiffrables et de revirements trahissant une politique à très courte vue, il était logique qu’aucun successeur ne se détache rapidement. On connaît la suite : Peu de militants et de surcroît de votants, un fan club aussi nostalgique qu’âgée et financièrement capable de s’investir décidé à prendre sa revanche sur 2012 et le revoilà en piste. Or depuis son retour sur le devant de la scène, Sarko sonne aussi faux que la campagne 2012 : Pourquoi dénoncer et proposer aujourd’hui ce qu’il a renoncé de faire hier ? Il n’apporte aucune réponse convaincante. Si à la primaire il trouve un adversaire coriace bien décidé à le liquider, sa tête pourrait tomber facilement. C’est bien parce que Nicolas Sarkozy sait qu’il n’a rien à craindre de Juppé et de Fillon qu’il a pu se lancer trop tôt lui aussi, quitte à encaisser des coups avant ladite primaire.

Il n'y a pas que la Germanwings qui ont des pilotes fous. Sauf que là on ne parle pas de 150 victimes innocentes.

Le socialisme marche tellement bien qu’il faut impérativement reconduire ceux qui en sont convaincus.

De son côté Bruno Le Maire cherche à se distinguer par des coups. Son leadership contestataire sur la réforme des collèges en fut un très bon exemple : Face à l’Ayatollah socialiste faite ministre, il fait également remarquer que les 20% d’autonomie – seul volet intéressant de la réforme – ne poussait pas la logique assez loin : Pourquoi ne pas laisser les chefs d’établissement choisir eux-mêmes la pédagogie et l’équipe d’enseignants pour la faire vivre ? Sans attendre les remarques pertinentes d’un Denis Payre sur l’énarchie française, il a proposé la démission des haut-fonctionnaires une fois élus, la limitation dans le temps des mandats politiques accompagnée d’un refus du cumul. Bien que décevant dans le combat contre le projet de loi renseignement, Le Maire est incontestablement en pointe sur la transformation des pratiques politiciennes. Lorsqu’il propose des chats avec des internautes, les discussions souvent décousues et creuses restent bon enfant tandis qu’en l’imitant Nicolas Sarkozy s’attire les foudres des internautes soit rancuniers soit simplement conscients qu’au Royaume-Uni les leaders battus disparaissent à jamais pour le bonheur du débat démocratique.

Après des présidents sans allure et dépourvus de politique, il est tant de prendre part à la primaire

Après des présidents sans allure et dépourvus d’idées, il est tant de prendre part à la primaire « UMP » pour enfin opérer un changement en faveur de celui qui semble poser un regard sur la France un peu plus profond et réaliste.

Je ne cesse de le dire ici, la stratégie de Bruno Le Maire a bien entendu des failles, ses faits d’armes sont trop peu éloquents mais elle me semble bonne, raison pour laquelle j’aurais aimé le voir faire la même obstruction parlementaire avec panache comme Rand Paul vis-à-vis de la NSA. Il a encore besoin de structurer sa pensée et d’oser prendre plus de risques, comme lui faisait remarquer Bourdin sur RMC il y a peu, il est d’ors et déjà assuré d’être le premier ministre en cas de retour de la droite aux affaires en 2017. Deux ans avant l’élection présidentielle, s’il est ambitieux pour la France alors il lui faut prendre de se découvrir et prendre ses concurrents à revers pour viser plus haut que la place de #2. Il le peut, il en a les facultés, et, possiblement le corridor politique pour le faire. S’il n’y parvient pas, il restera au fond un gentil garçon avec de bonnes idées qui n’a pas su saisir sa chance et donc n’est pas le recours tant espéré. Il n’a jamais aussi semblé aussi clair que la balle était dans son camp.

Il ne sera certainement pas élu mais quel travail! Outre l’obstruction parlementaire au prolongement des saloperies de la NSA, sa défense des libertés individuelles ressort plus que sincère, à quand ça en France?? Bruno, vas-y…  

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A propos Duff

Ingénieur consterné par le monde dans lequel il vit...
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5 commentaires pour La primaire UMP et la stratégie de Bruno Le Maire ?

  1. François Carmignola dit :

    Un critère, pour départager les gens, en sus des projets politiques, qui pour l’instant sont à part celui de Fillon, totalement inexistants. L’attitude, le calme, le comportement, face à l’injustifiable, l’inacceptable, le vulgaire, l’insupportable etc. Et bien Fillon sort gagnant. Lemaire est hélas un communicant qui perd son calme, et sa véhémence face à Belkacem improductive, hélas.
    Lemaire est un naïf, en fait, perdu pour l’essentiel, motivé par quoi ? Par ce qui le concerne en tant que prof et sa réformette, montée en hâte pour discuter avec la jeune sans dents (enfin presque) sans réelle cohérence.
    Tant que Sarkozy ne sera pas au clair (je veux dire évincé de) au sujet de la primaire, on ne peut rien dire. Après on verra Juppé n’a pas envie de se battre et seul Fillon a de l’épaisseur.

    • Duff dit :

      François,

      Je sais que vous roulez pour François Fillon, il ne vous a pas échappé que je le traite avec bienveillance, mais il ne s’impose pas. Bruno Le Maire a beaucoup de latitude pour prendre des risques et c’est pourquoi ces « coups » me semblent insuffisants. S’il était plus malin quitte à prendre des positions allant à l’encontre de l’opinion publique pour la brusquer et la faire réfléchir, il se serait opposé à la loi sur le renseignement. Il ne l’a pas fait ce qui démontre que son côté rebelle et novateur est tout de même très encadré par le politiquement correct. Fillon a fait de même et comme je le mentionne, sa coresponsabilité du bilan de Sarkozy le prive de toute crédibilité pour critiquer singulièrement le bilan désastreux de la droite entre 2002 et 2012. Au mieux il agite de bonnes idées, il n’arrivera pas à incarner un alternative crédible, il aurait du lui aussi pendre plus de risques dès 2012. La balle n’est plus dans son camps. Elle l’est côté Le Maire qui ne l’exploite pas assez depuis ses 30% à la tête de l’UMP.

      cdlt

  2. Pardon de vous contredire, mais il faut raison garder et comparer les comparables. Je me souviens de 2003, à hurler comme un fou, au risque d’un divorce, après un soutien des manifestants de l’époque contre l’injuste réforme. Nous en sommes au compte de pénibilité, avec des larmes dans les yeux, pour ne pas dire pire.
    Fillon a fait ce qu’il a pu, il est un jeune homme navré, comme vous et moi et souffre de son époque. Il propose avec précision de la changer, lui.
    A contrario, l’éphèbe que vous soutenez décrivit avec style ses masturbations pendant la « réforme » du CPE. Il en fit même une bande dessinée. Il accepta de discuter avec son alter ego (belkacem) et perdit son calme. Révolté contre son ministre, l’ex agrégé aux cheveux blancs fit pitié.
    Reprenez vous, mon cher, ce jeune homme confus n’est que le faire valoir de berluscozy.

    • Duff dit :

      Vous exagérez et convenez que si Fillon avait pris conscience que Sarkozy expédiait la droite par le fond, il l’aurait plaqué en 2010 quand le bonaparte de Neuilly songeait à un remaniement d’ampleur. Pour moi, Fillon s’est tiré une balle de pied dont il ne se remettra jamais. Quant au CPE, j’ai vu Villepin le défendre encore face aux petits effrontés du Bondy Blog l’an dernier : A défaut de réformer sérieusement le code du travail, il n’y a qu’un jeune socialiste pour croire qu’il vaut mieux la précarité des CDD ou le chômage payé aux frais de la princesse qu’un contrat qui se transforme en CDI progressivement.

  3. On verra. Plus que jamais, il faut des bonnes politiques travaillées à l’avance et exposées avec calme; tout ce qui s’en départ échouera. Et je ne parle pas des élections primaires ou effectives: là tout est possible, et un pays peut échouer, la preuve, c’est ce qui se passe en ce moment.

    Quelle balle dans le pied ? De ne pas avoir cassé l’UMP en 2013 ? De ne pas avoir mis Borloo au gouvernement en 2010?
    Pour ce qui concerne le CPE, Villepin ne fut pas convaincant, à aucune époque et pour rien de tangible. Il s’est contenté de faire fortune et d’en remercier Sarkozy à la fin.
    Bien à vous.

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